D+C Développement et Coopération (No. 4, Juillet/Août 2002,
p. 22-25)

La politique camerounaise en matière des ONG
Basile Kenmogne

Dans les pays en développement, limportante crise économique des années 1980 - 90 a érodé le pouvoir dachat des populations et diminué les capacités dintervention des pouvoirs publics dans les secteurs économiques et sociaux. Cette crise a également révélé que les institutions publiques de même que les forces du marché ne peuvent seules subvenir au bien-être économique des populations marginales. Suite à lincapacité des pouvoirs étatiques à satisfaire les desiderata des populations pauvres, lactivité des organisations volontaires et non gouvernementales a connu un certain épanouissement.
En effet dans de nombreux pays du tiers monde, des projets grandioses ont connu des résultats peu satisfaisants, très souvent parce que les populations locales ont été insérées dans lesdits projets comme un meuble dans un mobilier, cest-à-dire sans leur participation effective dans la réalisation des projets. Cest ce qui explique certainement que de nombreux projets de développement, fort prometteurs au départ, aient eu des résultats mitigés. Lalternative aujourdhui semble être de faire adhérer les populations concernées aux projets, de les encourager à coopérer aux travaux communautaires. Les ONG semblent porteuses de cette dynamique nouvelle, sans doute du fait dun certain nombre de caractéristiques dont on les crédite: les ONG seraient ainsi des organisations flexibles, menant des actions de proximité avec les populations locales, cest-à-dire des organisations aptes à entreprendre des opérations daide mieux adaptées aux besoins des populations marginales. Toutefois, les actions des organisations non gouvernementales ne peuvent sépanouir que dans un cadre légal favorable. Dans cette étude, nous nous proposons dexaminer le cadre légal dans lequel exercent ces organisations au Cameroun.
Selon leur origine et leur influence sociale, les ONG présentes au Cameroun peuvent être regroupées en quatre classes:
- les ONG internationales dorigine laïque; elles ont une expérience de terrain relativement longue;
- les ONG nationales qui ont pu simplanter ou perdurer malgré des lois restrictives et le système de parti unique;
- les ONG religieuses, surtout catholique et protestante, qui sont relativement bien implantées dans le sud du pays et qui ont une influence déterminante dans léveil de la conscience civique des populations;
- enfin un foisonnement dONG nationales qui se sont constituées à la faveur du processus démocratique dès le début de la décennie 1990.
Cette dernière classe est généralement composée dONG peu expérimentées, en butte à des problèmes dorganisation et de structuration, de financement et de professionnalisme, autant de points dachoppement qui font parfois porter un regard sceptique sur lensemble du secteur des ONG au Cameroun. Avant danalyser la législation qui régit le fonctionnement des ONG au Cameroun, il importe dexaminer davantage les différentes classes dONG que nous avons identifiées.
Nombre dONG internationales aujourdhui présentes au Cameroun sy sont installées au cours des premières décennies de lindépendance (1960 - 1980). Les plus importantes de ces organisations dont les ressources financières proviennent essentiellement des fonds privés sont les suivantes: CARE International dont les ressources financières proviennent majoritairement de fonds américain et canadien, Save the Children Fund, lOrganisation Canadienne pour la Solidarité et le Développement (OCSD), World Wide Fund for Nature spécialisé dans la protection de la nature et de lenvironnement. Il existe également des agences daide au développement qui sont des émanations des pouvoirs publics, et dont certaines recueillent aujourdhui une partie importante de leurs fonds des sources privées. Ce sont lAssociation Française des Volontaires du Progrès (AFVP), lOrganisation Néerlandaise pour le Développement (SNV), le Corps américain de la Paix (US Peace Corps), le Service Allemand de Développement (DED). Ce sont des agences publiques qui travaillent sous le modèle des ONG, et qui aujourdhui revendiquent avec succès le label des ONG. La plupart de ces organisations dont CARE International, lAFVP et le DED exécutent des programmes de développement en partenariat avec des ONG locales. LOCSD est très active dans la consolidation des ONG locales et dans la mise sur pied des organisations paysannes. En plus de ces ONG internationales de développement, il existe dautres ONG dont laction est davantage orientée vers la protection des droits et libertés. Ce sont la Fondation Friedrich Ebert et dautres associations qui, dans le sillage du processus démocratique, cherchent à sensibiliser lopinion sur les enjeux des droits de lhomme et des libertés publiques.
Les ONG dorigine religieuse sont restées très actives sur le terrain laïc au Cameroun, surtout en matière de santé et déducation. Aujourdhui encore, nombre de structures sanitaires performantes (hôpitaux, cliniques, centres de santé) sont loeuvre des missionnaires, de même que lélite politique du pays a été formée dans des écoles et collèges missionnaires. Depuis lindépendance et même bien avant les années 1960, les ONG et les mouvements missionnaires ont profité de la relative tolérance des pouvoirs publics1 pour multiplier leurs activités à caractère social à lintérieur du pays. Avec lexpérience acquise, les ONG missionnaires agissent aujourdhui avec plus de professionnalisme que la multitude des ONG nationales ou locales créées hâtivement dès le début des années 1990, et leur influence auprès de la population est grande. Les coûts de leurs prestations sociales sont comparativement plus élevés que ceux des prestations fournies par les services publics, mais la qualité des services est meilleure et les populations les préfèrent. Ceci tient sans doute à la bonne formation du personnel, au bon accueil qui est fait aux usagers et à la qualité des équipements.
A côté des ONG qui agissent au contact direct des populations, lon retrouve également dautres organismes sans emprise directe sur la population, mais qui oeuvrent pour la formation des ONG locales et du mouvement paysan. Cest le cas de lInstitut panafricain de développement, de lINADES-Formation dont les activités ont connu un certain fléchissement au cours de la décennie 1990, du fait des difficultés financières. En 1990, dans le sillage de la loi sur les libertés dassociations, sest créé au Cameroun un pool des ONG, le «Collectif des Organismes de Participation au Développement au Cameroun» (COPAD). Il ne sagit pas dun collectif à caractère corporatiste. Il sagit davantage dune association dont le but est de recenser les différentes ONG de développement, de coordonner les diverses interventions de terrain afin déviter des chevauchements, de recouper et de mettre des données fiables à la disposition des bailleurs de fonds, de contribuer par des actions de formation/conseils à lencadrement des ONG non expérimentées, de servir dintermédiaire des ONG face aux pouvoirs publics et, éventuellement, de représenter et défendre les ONG en tant que personne juridique, lorsquun conflit les oppose aux pouvoirs publics. Dans une enquête de la Banque mondiale publiée en 1993, Leslie Fox estime toutefois que le COPAD na pas été en mesure de fournir les moindres services à ses membres, de même quil nest pas en mesure de donner à lensemble de ses activités une vision cohérente et articulée sur des projets concrets2. Ce collectif a par la suite été plus actif. Cest ainsi quil a contribué par exemple à la rédaction de propositions qui ont donné lieu à ladoption par lAssemblé Nationale de la loi de 1999 sur les ONG.

Difficultés
Au Cameroun, de nombreuses ONG ont proliféré à la faveur de la loi de 1990 sur les libertés dassociations. Leslie Fox remarque également que ces ONG manquent de structures efficientes, de personnel qualifié, de fonds adéquats et de systèmes dévaluation performants. Dans une étude sur le mouvement associatif au Cameroun, Marc-François Ngwambe a pu écrire:
«Il semble en effet que la création dune association est souvent plus liée à la recherche de financement quaux activités à entreprendre. Ces organisations sollicitent auprès des structures quelles jugent capables de les soutenir, aide, assistance, appui, partenariat, collaboration et financement, parfois même avant dêtre opérationnelles».3
Ces difficultés constituent un handicap majeur au bon fonctionnement de leurs activités. Ces ONG agissent généralement sur la base du bénévolat, les ressources financières provenant des contributions volontaires des membres. La solidarité et la bonne volonté ne peuvent à elles seules faire le développement, loin sen faut. Toutefois le contact quotidien avec les populations locales, lexpérience acquise dans le travail en partenariat avec les ONG mieux expérimentées, constituent autant datouts quelles peuvent capitaliser pour mieux se structurer.
Tant dans les services publics quauprès du collectif des ONG, il existe très peu de données statistiques permettant de mesurer avec précision limpact du travail des ONG auprès des populations pauvres. Dabord parce que la «pauvreté» inclut à la fois plusieurs domaines dont léducation, la santé, lalimentation, lhabitat, les infrastructures - ces domaines se recoupant généralement; ensuite parce que la pauvreté sociale est si rampante au Cameroun que les organismes daide renoncent par avance au calcul statistique et préfèrent concentrer leurs efforts à résorber ce que la littérature des Nations Unies appelle les «basic needs» (besoins primaires), cest-à-dire les principaux goulots détranglement en agriculture, en santé communautaire et en éducation de base. De plus, certaines ONG naissantes se consacrent à de nouvelles priorités dont la micro entreprise, les petits crédits dinvestissement aux femmes ou aux groupes dartisans, ou encore la prévention contre les MST-SIDA. Ces types dONG fleurissent surtout dans les villes. Elles bénéficient de lencadrement technique et quelquefois aussi du soutien financier dautres ONG dont lOrganisation Canadienne pour la Solidarité et le Développement (OCSD).
Il existe une multitude dautres petites ONG dont laction peut sétendre sur une province, une localité ou une ville et qui se spécialisent dans des domaines comme la protection de lenvironnement, la protection des enfants (Enfance Joyeuse au Cameroun) ou dautres catégories sociales marginalisées dont les détenus de droit commun. Certaines de ces petites ONG se constituent et se développent pour répondre à un besoin réel dassistance des populations. Dautres sont créées ad hoc pour capter la rente de laide externe au développement. Toutefois leur affiliation au collectif des ONG, le contrôle interne dont elles peuvent se prévaloir ainsi que le contrôle des services techniques du Ministère de lAdministration territoriale (Ministère de tutelle) les encouragent à assumer leur mission de service public avec davantage de responsabilité et de professionnalisme.
Néanmoins, le rôle des ONG dans la promotion du développement communautaire et la lutte contre la pauvreté reste important. La modicité des moyens et ressources dont elles disposent par rapport à limmensité des besoins à satisfaire rend leurs efforts parfois «peu visibles», car ayant peu dimpact significatif. Leur action nest pas suffisamment prégnante pour entraîner à grande échelle des changements importants sur la qualité de vie des populations. En dehors des ONG internationales qui disposent dassez de ressources financières et dun personnel qualifié, et des ONG missionnaires dont lexpérience est établie par exemple en santé et éducation, les autres ONG locales cherchent encore leur voie, quelquefois avec le soutien des ONG occidentales avec qui elles travaillent en partenariat.
Le cadre légal qui permet aujourdhui aux ONG dexercer leurs activités au Cameroun résulte dune lente évolution, lEtat autoritaire ayant par le passé limité de manière drastique le champ daction des ONG et exercé un contrôle politique étroit sur lensemble de leurs activités.
Avant lindépendance, les organismes daide au développement et les organisations paysannes présentes au Cameroun ont une activité très peu structurée. Ces organismes, dorigine laïque ou chrétienne, sont régis, selon leur nature - locale ou étrangère -, par la loi des colonies ou la législation en vigueur dans la métropole, par exemple la loi française de 1901 sur les associations.

Une lente évolution
En 1960, les autorités de la jeune république sont davantage occupées à consolider leur pouvoir et à «pacifier» le pays, ces pouvoirs publics ayant la hantise des forces centrifuges réelles ou imaginaires susceptibles de résister à la volonté hégémonique de lEtat centralisateur. Dans cette reprise autoritaire, toutes les associations qui némanent pas du pouvoir de lEtat ou qui manifestent des velléités dautonomie sont frappées danathème, quil sagisse dassociations de dimension importante ou de simples organisations paysannes. Le cachet autoritaire du régime nétait pas seulement dérivé des débuts coloniaux de lEtat. Les péripéties de la décolonisation - la rébellion du mouvement nationaliste UPC4, surtout autour de 1960, une «menace mortelle» pour le régime du président Ahidjo - avaient renforcé lautoritarisme de lEtat. Lidéologie nationale dAhidjo, en se référant constamment au spectre de lUPC et de la division, mettait un accent pesant sur la nécessité préalable de conserver lunité et préconisait une vigilance constante contre la subversion qui menaçait de partout. Une conséquence pratique en était, par exemple, que toute forme dorganisation en dehors du «parti unifié» du régime était strictement interdite5.
Le cadre légal dexercice des organisations non étatiques est régi par la loi n° 67-LF-19 du 12 juin 1967 portant organisation des libertés dassociations. Cette loi stipule que toute organisation désireuse davoir un statut légal au Cameroun doit non seulement être déclarée par ses membres, mais en plus que cette association doit être reconnue et approuvée par les autorités publiques. Dans la pratique, cette procédure est tatillonne. La bureaucratie a en fait empêché nombre de mouvements sociaux ou dorganisations paysannes de se constituer en associations et dobtenir lagrément nécessaire des autorités publiques pour exercer leurs activités. Le centralisme autoritaire du régime constituait un handicap, lexpression de quelque forme de liberté en dehors du cadre du «parti unifié» étant toujours suspecte de menée subversive. Ainsi les ONG occidentales disposant de ressources financières conséquentes, dun personnel qualifié et surtout jouissant de la caution morale de leur pays dorigine ont pu obtenir assez facilement des autorisations dexercer, alors que les organisations paysannes et les autres ONG locales sont restées sous léteignoir. Cette restriction a de fait empêché des associations de se constituer, et celles qui ont eu une existence légale jouissaient dune liberté toute relative dans lexercice de leurs activités. Ainsi en dehors de la région sud du pays (les provinces du centre, du sud et du littoral) où linfluence de léglise a été prépondérante, et en dehors des localités du nord-ouest et du sud-ouest qui ont très tôt connu lexpérience du «self rule» de ladministration britannique, le mouvement associatif de même que les organisations paysannes sont très peu constitués au Cameroun. Les actions de développement sont ainsi restées majoritairement loeuvre des pouvoirs publics qui en
conçoivent linitiative et en assurent lexécution.
De plus, la loi de 1967 recouvre toutes les organisations non étatiques sous le vocable anonyme d«associations», sans en préciser la nature ou la classification. Le résultat en est la difficulté pour les services administratifs de coordonner lactivité des associations, car leurs domaines dactivités se chevauchent.

Nouveau cadre légal
Cest en réaction à ces multiples carences que de nombreuses demandes ont été formulées, tant par les coopératives paysannes, les ONG occidentales que les bailleurs de fonds, pour que lEtat adopte un cadre légal approprié pour lactivité des ONG. Lincapacité de lEtat à répondre aux desiderata des populations en matière de développement a également favorisé la constitution dun nouveau cadre légal pour le fonctionnement des ONG. Finalement, confronté à la crise économique et financière qui est officiellement survenue en 1987, encouragé par une société civile certes très embryonnaire mais très active en matière de défense des droits économiques et sociaux, et sous leffet des revendications politiques, le Gouvernement a adopté en 1990 la loi sur les libertés dassociations qui complète celle de 1967.
Larticle 2 de la loi n° 90/053 du 19 décembre 1990 sur les «libertés dassociations» définit lassociation comme «la convention par laquelle des personnes mettent en commun leurs connaissances ou leurs activités dans un but autre que de partager les bénéfices». Les autorités publiques considèrent cette loi de 1990 comme une «victoire de la démocratie», car elle supprime la clause contenue dans la loi de 1967 qui soumettait la formation des associations à lapprobation préalable des pouvoirs publics. Cependant, les ONG dénoncent cette loi de 1990, car elle ne comporte pas suffisamment de garanties légales pour lexercice de leurs activités.
Toutefois, bien que la loi de 1990 soumette les ONG aux régimes de la déclaration ou de lapprobation, cette loi peut être considérée comme plus libérale; les ONG déclarées peuvent entamer leurs activités sur le terrain, en attendant lapprobation des autorités publiques.
«Elles (les associations) acquièrent la personnalité juridique si elles ont fait lobjet dune déclaration accompagnée de deux exemplaires de leurs statuts» (article 6).
Lalinéa 2 de larticle 7 précise:
«La déclaration indique le titre, lobjet, le siège de lassociation ainsi que les noms, professions et domiciles de ceux qui, à un titre quelconque, sont chargés de son administration ou de sa direction».

«Régime Etat»
Sur la forme, cette loi de 1990 apporte quelques aménagements par rapport à la loi de 1967. Mais sur le fond, le «régime-Etat» (selon la formule de Georges Courade) ne cède presque rien de ses prérogatives à la société civile. Réagissant sans doute aux mouvements de revendications politiques et sociales de la fin des années 1980, le Gouvernement a fait voter la loi sur les «libertés dassociations», loi censée offrir un cadre légal approprié pour lexercice de lensemble des associations. Dans cette compréhension extensive, les «associations» désignent tout à la fois les organisations paysannes, les cercles damis, les mouvements sportifs, les ONG internationales, bref lensemble des associations, à lexception des «partis politiques et des syndicats (qui) sont régis par des textes particuliers» (article 5). Les ONG remettent en question cette "loi fourre-tout" qui, selon elles, noffre pas de cadre adéquat pour lexercice de leurs activités.
Les lois de 1967 et de 1990 évoquent respectivement les «droits dassociations» et les «libertés dassociations». Mais dans aucun de ces textes napparaît la notion d«ONG». De plus, les ONG estiment que placer les «associations» sous la tutelle du Ministère de lAdministration territoriale6 revient à les coiffer du contrôle gouvernemental.
Ces nombreux points dachoppement ont amené les ONG à demander laménagement dun espace juridique plus adéquat pour lexercice de leurs activités. Plus discrets, mais tout aussi actifs, les bailleurs de fonds multilatéraux, en loccurrence la représentation de la Banque mondiale à Yaoundé7, ont encouragé les autorités publiques camerounaises dans le sens de ladoption dune loi qui offre un cadre légal plus approprié pour les activités des ONG. Cest pour répondre à ces exigences et sollicitations quune nouvelle loi a été adoptée en 1999.
La loi n° 99/014 du 22 décembre 1999 régit expressément les «organisations non gouvernementales»8. Cette loi complète celle de 1990. Elle régit la création des ONG et lexercice de leurs activités (article 1). Au terme de cette loi de 1999, «les ONG participent à lexécution des missions dintérêt général» dont les pouvoirs publics délimitent le domaine. Cette loi répond (en principe) aux exigences des ONG nationales et internationales présentes au Cameroun. Il reste que la promulgation dune loi est une chose, son application effective en est une autre, lancien Ministre de lAdministration territoriale ayant annoncé à la télévision nationale camerounaise que «la loi nest quun cadre de référence»9. Jusquen mars 2001, les ONG attendent le décret dapplication de la loi de décembre 1999. Plus précisément, la loi dispose quil ny a pas dONG dans le pays tant que la "Commission" à créer ne confère pas ce titre à une structure de développement agissant légitimement dans le cadre de la loi 90/053 du 16 décembre 1990. Cest ce qui fait dire à Pierre Chekem:
«En dehors de quelques structures unipersonnelles et ONG internationales ayant des facilités daccès aux fonds, les ONG locales attendent le décret dapplication, la "commission" puis lagrément et alors seulement suivront les projets et programmes en quête de financements éventuels»10.
Le 03 mai 2001, est signé le décret n° 2001/150/PM, portant organisation et fonctionnement de la commission technique chargée des activités des ONG. Larticle 2 de ce décret dispose que
«La "commission" examine les demandes dagrément et assure le suivi et le contrôle des activités des organisations non gouvernementales»11.

Réel pouvoir daction
Ces dispositions légales devraient permettre, du moins en principe, de séculariser les relations entre lEtat et les ONG et de les soustraire de larbitraire. Dès lors que les ONG disposent dun cadre légal adéquat pour lexercice de leurs activités, elles peuvent consacrer leurs efforts aux opérations d'aide au développement. En réalité cependant, les organisations volontaires et non gouvernementales ne disposent pas dun réel pouvoir daction au Cameroun. Sans doute la pauvreté rampante les empêche-t-elle dentreprendre avec succès des actions incitatives auprès des couches marginales de la population. Sans doute aussi labsence dorganisation, le manque de personnel adéquat et linsuffisance de moyens financiers et matériels constituent-ils des obstacles majeurs à lépanouissement de ce secteur. Par ailleurs, nombre dONG sont peu structurées. Dautres apparaissent comme des associations ad hoc crées uniquement pour capitaliser la rente de laide extérieure. Sans doute les ONG camerounaises devraient-elles mieux se structurer, afin de répondre aux besoins de développement des populations locales.
1) Les ONG missionnaires nont bénéficié daucun
régime particulier, par rapport aux autres ONG. Seulement, lautorité morale de lEglise protège ces ONG missionnaires des coûts de boutoir des pouvoirs publics.
2) Leslie Fox: A study of non-governmental organizations in the Republic of Cameroon and Côte dIvoire, Washington D.C., World Bank occidental and central Africa Department, Population and
Human Resource, 1993, p. 90.
3) Marc-François Ngwambe (éd.): Etude préliminaire sur le mouvement associatif au Cameroun, Yaoundé, Ed. AFVP, 1997, p. 6.
4) UPC = Union des Populations du Cameroun.
5) Peter Geschiere, qui a effectué au début des années 1970 une étude sur la relation Etat-Paysans chez les Maka au Cameroun, rapporte quau début de ses recherches, lacharnement des autorités dans leur vigilance à lencontre de toute forme dorganisation alternative était permanent. La fondation dun simple club de dames par les garçons dun village fut ainsi loccasion dune véritable rafle par les gendarmes qui menèrent même une perquisition rigoureuse dans des maisons et arrêtèrent (pour quelques jours) les jeunes fonctionnaires. Peut-être cette opération fut-elle partiellement causée par le nom assez provocant (pourtant en principe fidèle au régime) de ce club de dames: Koutaba; cest le nom dune compagnie de larmée camerounaise qui se serait distinguée dans la suppression de la guérilla de lUPC. Toujours est-il quun fonctionnaire explique ainsi à Peter Geschiere la raison de cette opération: «Il faut à tout prix éviter que des individus sorganisent à leur propre compte, pour rompre lunité de tous les Camerounais autour de notre Président et de son Parti». Lire Peter Geschiere et Jos Van Der Klei, «La relation Etat-paysans et ses ambivalences: Modes populaires daction politique chez les Maka (Cameroun) et les Diola (Casamance)», in Emmanuel Terray (sous la direction de): LEtat contemporain en Afrique, op. cit., pp. 297-340.
6) Le Ministère de lAdministration territoriale au
Cameroun, cest le Ministère de lintérieur.
7) Entretien entre lauteur et M. Minang, responsable des ONG à la Représentation résidente de la Banque mondiale à Yaoundé.
8) Loi n° 99/014 du 22 décembre 1999 sur les «organisations non gouvernementales», disponible sur Internet: http://wagne.net/devdur/dossier/
dos03. htm.
9) Le Ministre Gilbert Antse Tchoungui, 1992.
10) Pierre Chekem: «Note relative au plan de mise en oeuvre du programme national de gouvernance et de la loi 99/014 sur les ONG», disponible sur Internez: http://www.wagnet.net/devdur/ddh/ dddh008.htm.
11) Décret n°2001/150/PM du 03 mai 2001, article 2.
Basile Kenmogne, Université de Leipzig

D+C Dévelopment et Coopération,
edité par: Deutsche Stiftung für internationale Entwicklung (DSE)
Rédaction:
D+C Dévelopment et Coopération, B.P., D-60268 Frankfurt, Allemagne. E-Mail: remeyer@t-online.de
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