D+C Développement et Coopération (No. 4, Juillet/Août 2002, p. 26-29)


Zambie - Adieu Monsieur le Président - et ne revenez plus jamais!

Heinz Jockers / Eckart Rohde


Des élections présidentielles, législatives et locales ont eu lieu en Zambie le 27 décembre dernier. Le parti MMD (Mouvement pour la démocratie multipartite), qui est au pouvoir depuis 1991 sous la direction du président Frederick Chiluba, s’est heurté d’emblée à une âpre concurrence de plusieurs partis briguant les 150 sièges du Parlement. Aux yeux de beaucoup d’électeurs, le candidat du MMD au fauteuil présidentiel, Levy Mwanawasa, n’est qu’un prince héritier de Chiluba, qui ne saura sortir la Zambie de la crise économique dans laquelle elle est plongée depuis de longues années. Le processus électoral a été suivi par des observateurs internationaux, dont une centaine de délégués de l’Union européenne.


Ndola, district électoral de Lewanika, le jour des élections à 11 heures du matin. Le tapis rouge est déroulé, tout le monde attend: plus de 500 électeurs faisant le queue sur plusieurs centaines de mètres attendent d’être enfin admis dans le bureau de vote; une poignée de journalistes attend le président Frederick Chiluba, qui doit venir y donner son suffrage. Finalement trois limousines noires s’approchent et s’arrêtent, accompagnées d’un mélange d’applaudissements timides et surtout de sifflets et de huées. Ce refus n’est guère surprenant: Ndola est situé dans la province du Copperbelt, autrefois florissante, qui a le plus souffert de la mauvaise politique économique de Chiluba et dont l’électorat est par conséquent très critique à l’égard du gouvernement. Dix minutes plus tard, lorsque Chiluba sort du bureau de vote sur le tapis rouge, les cris réprobateurs se font plus forts: «Adieu, Monsieur le Président, et ne revenez plus jamais!»

La campagne pour un troisième mandat de Chiluba, qui gouverne la Zambie depuis 1991, avait atteint son paroxysme en avril 2001 avec la réélection de celui-ci à la tête du parti MMD. Bien qu’ayant annoncé en grand pompe qu’il se retirerait après deux mandats et donnerait ainsi l’exemple aux autres chefs d’États africains, Chiluba a tout fait au cours des mois passés pour préparer le terrain pour une nouvelle candidature. Ainsi, la question d’un troisième mandat et d’une modification préalable de la constitution a été abordée à maintes reprises aux congrès régionaux du MMD, et l’opposition interne du parti a été contenue soit violemment, soit par l’exclusion de membres dissidents du parti. La déclaration officielle de Chiluba, le 4 mai 2001, annonçant qu’il renonçait à une nouvelle candidature, était donc inattendue et a été accueillie comme une victoire de la démocratie. Les résistances au sein du parti et la pression politique interne et externe étaient devenues si fortes que le président a dû finalement se retirer. La nomination de Levy Mwanawasa comme candidat du MMD n’a cependant pas fait taire les critiques. Mwanawasa, ancien vice-président, qui avait dû quitter le gouvernement contre son gré en 1994, apparaissait comme un prince héritier de Chiluba qui, bien que n’étant pas entaché de corruption, n’était certainement pas le candidat apte à garantir le renouveau politique et économique tant souhaité de la Zambie.


Concurrence redoutable
pour le MMD

Les luttes intestines pour la succession de Chiluba, qui avaient éclaté dès la réélection de celui-ci en 1996 et joué un rôle déterminant dans le débat sur la question du troisième mandat, ont causé des dissensions durables au sein du MMD. En effet, certains cadres influents du parti en ont été soit exclus, d’autres, déçus, lui ont tourné le dos pour fonder des partis d’opposition avec plus ou moins de chances de succès et poser leur candidature comme adversaires de Mwanawasa. Tous ces partis avaient cependant pour réputation d’être des dérivés du MMD, c’est-à-dire d’avoir été créés par d’anciens politiciens du parti au pouvoir, qui partageaient la responsabilité pour la situation économique déplorable de la Zambie. Mais contrairement aux élections de 1996, le MMD se trouvait confronté cette fois-ci à des concurrents redoutables. C’est pourquoi, après avoir longtemps hésité, Chiluba a fini par déclarer en novembre 2001 que les élections présidentielles, législatives et locales seraient tenues le 27 décembre suivant. Ainsi, les élections dites tripartites devaient avoir lieu avant la fin de l’année, conformément à la constitution, mais pour des raisons tactiques, la date choisie était un jour de la semaine, en pleine saison des pluies.

Sur les 28 partis formellement enregistrés par la Commission électorale de la Zambie (ECZ), onze ont joué un rôle actif durant les élections, et cinq d’entre avaient de réelles chances de remporter des mandats au Parlement (150 sièges) et dans les 72 Conseils locaux. Outre le MMD et l’ancien parti unique de la Zambie, UNIP (Parti uni de l’indépendance nationale), il s’agissait notamment de trois partis plus ou moins nouveaux: le Parti uni pour le développement national (UPND) fondé en 1998 avec Anderson Mazoka comme candidat à la présidence, le Forum pour la démocratie et le développement (FDD), créé par 21 députés exclus du MMD en juillet 2001, avec Christon Tembo comme candidat à la présidence, et le Parti Héritage (HP) fondé par l’ancien dirigeant du MMD, Godfrey Miyanda en 2001.

Dès avant les élections il était clairement apparu que le MMD perdrait sa position dominante au Parlement ainsi que dans beaucoup de Conseils locaux et que son candidat à la présidence, Mwanawasa, ne trouverait pas un très fort appui auprès des électeurs. Mais à cause de l’incapacité des partis d’opposition de s’entendre sur un candidat unique à la présidence et de coordonner leurs candidatures au niveau des circonscriptions, le MMD pouvait espérer garder quand même le fauteuil présidentiel ainsi que la majorité au Parlement. Il était clair également qu’en raison du système de scrutin à la majorité simple et du faible enregistrement des électeurs, le nouveau chef de l’État ne serait légitimé que par une petite fraction de la population en âge de voter.

Déjà pendant la phase préélectorale, l’enregistrement insuffisant des électeurs et le manque de transparence du découpage des circonscriptions électorales ont été identifiés comme des problèmes majeurs. L’enregistrement des électeurs a été effectué sur une période de cinq semaines, de juin à fin juillet 2001. Malgré deux prolongations du délai, seulement 2.604.761 personnes, c’est-à-dire 55,5% des 4.687.997 électeurs potentiels âgés de plus de 18 ans, s’étaient fait enregistrer, la procédure longue et compliquée ayant probablement découragé le reste. La taille des 150 circonscriptions électorales est extrêmement variable en Zambie avec des nombres d’électeurs inscrits allant de 5.028 (Mukushi sud dans la province du Centre) à 61.438 (Munali dans la province de Lusaka). Le découpage des circonscriptions, dont la révision avait été réclamée déjà en 1996, est demeuré inchangé pour ce scrutin également. Les observateurs des élections, l’opposition et la presse indépendante ont critiqué ces deux aspects, y voyant une tentative des pouvoirs publics d’influer sur la taille et la composition de l’électorat.


Observateurs internationaux

Avec son vaste programme d’aide aux élections (6 millions d’euros), l’Union européenne a apporté un soutien au processus électoral à plusieurs niveaux: Deux consultants ont conseillé la Commission électorale (ECZ) sur les questions techniques, et une aide financière directe a été fournie pour la résolution de problèmes techniques et logistiques, tels que l’enregistrement des électeurs. Avec l’aide d’un «Fonds fiduciaires» divers «projets d’éducation des électeurs» ont été menés par des ONG, telles que la Fondation pour le processus démocratique (FODEP). Enfin, répondant à une invitation formelle du gouvernement zambien, l’UE a envoyé une délégation d’observateurs électoraux dirigée par le député britannique Michael Meadowcroft et composée de contingents nationaux des États membres et de la Norvège, dont 16 observateurs de longue durée, détachés pour une période de six semaines depuis la fin de novembre, et 86 observateurs de courte durée, chargés de suivre les opérations électorales le jour de l’élection ainsi que le dépouillement des votes.

En plus de l’UE, le Centre Carter avait envoyé une équipe d’environ 30 observateurs, comptant d’éminentes personnalités, telles que l’ancien président nigérian Abdulsalaam Abubakar ainsi que l’ancien président du Bénin, Neciphor Soglo. Enfin, la SADC était également représentée par un contingent de 25 parlementaires. Mais le rôle le plus important dans l’observation des élections a été joué par les observateurs nationaux, appartenant à diverses organisations. Avec 6.247 membres, le groupe du FODEP était le plus nombreux et le mieux organisé.

Un contingent d’observateurs assez important avait été détaché par la Coalition 21, formée par 21 ONG actives dans les processus électoraux. Enfin, les grands partis politiques avaient posté dans chaque bureau de vote un «agent électoral» chargé de vérifier, à l’aide de listes d’électeurs, si des électeurs non inscrits étaient admis à voter.


Pas de conditions de fair-play

Dans l’ensemble, il est apparu durant la période préélectorale que le gouvernement n’avait guère rempli son obligation d’assurer des conditions de fair-play. Dans une déclaration intérimaire, le chef de la délégation de l’UE, Meadowcroft, a critiqué toute une série de défaillances: Ainsi, les administrateurs de district mis en place par le gouvernement, c’est-à-dire les fonctionnaires les plus influents au niveau régional, n’étaient pas politiquement neutres, comme l’avait ordonné la Cour suprême le 4 décembre, mais des militants du MMD. Des ressources publiques, par exemple des véhicules de service du gouvernement, étaient utilisées pour des meetings du MMD. Les informations diffusées par les médias étatiques (la radio-télévision nationale de Zambie, ZNBC, le Daily Mail et le Times of Zambia) étaient unilatéralement favorables au MMD. Une audition des candidats à la présidence, financée par l’UE, la veille des élections, a été annulée à court terme par la ZNBC et remplacée par une interview d’une heure de Chiluba. Les partis d’opposition n’avaient que des possibilités restreintes d’acheter des temps d’émission publicitaire ou de placer des annonces dans les médias publics. Contrairement au MMD, les partis de l’opposition devaient demander pour leurs rallyes des autorisations de la police, qui souvent leur étaient refusées en vertu de la loi sur l’ordre public. Durant la campagne électorale, le MMD disposait de ressources financières nettement supérieures à celles des autres partis. Ces ressources, en partie d’origines douteuses, ont souvent été utilisées pour acheter des électeurs.


Scrutin et dépouillement

Le jour des élections, les bureaux de vote étaient ouverts de 6 heures à 17 heures. Cependant, à cause du déroulement extrêmement long de ce scrutin tripartite et d’une participation électorale élevée, de longues files d’attente s’étaient formées dans les bureaux de vote, de sorte que l’ECZ avait dû ordonner de prolonger les heures d’ouverture jusqu’à bien tard dans la nuit. Dans l’ensemble, le processus d’élection et le dépouillement des votes ont été transparents, mais un certain nombre de faiblesses ont été relevées, que l’opposition a interprétées comme manipulation délibérée des élections. Ainsi, par suite d’une logistique partiellement entachée de dilettantisme (p. ex. beaucoup de bureaux n’avaient pas reçu suffisamment de bulletins de vote) une partie des électeurs n’avait pas pu voter. Les longues files d’attente ont sans doute également découragé pas mal de Zambiens qui ont préféré renoncer à donner leurs voix. Le secret de l’élection n’était pas non plus assuré car les isoloirs étaient visibles de l’extérieur, soi-disant pour y empêcher les manipulations. Les fraudes au moment du dépouillement étaient possibles, du moins théoriquement, car dans beaucoup de bureaux de vote, le dépouillement s’est effectué dans des conditions pratiquement obscures, et les observateurs électoraux n’avaient pas la possibilité de procéder à des contrôles, même pas par sondage. La fatigue des scrutateurs, des observateurs des partis politiques et des observateurs nationaux, dont certains étaient en service depuis plus de 24 heures, a conduit à diverses erreurs dans l’inscription des résultats et à des écarts en partie considérables. Et comme la loi électorale zambienne ne prévoit pas de contre-signature des résultats officiels ni la remise de copies certifiées aux observateurs, les spéculations sur d’éventuelles fraudes électorales n’ont pas tardé à proliférer.

La synthèse et la publication des résultats au niveau des circonscriptions se sont révélées en fin de compte comme étant le chapitre le plus problématique de ce scrutin. Comme le montre l’exemple du district de Ndola dans le Copperbelt, il était impossible dans trois des quatre circonscriptions électorales, même trois jours après les élections, de communiquer les résultats définitifs pour chaque bureau de vote, parce que quelques formulaires de recensement des résultats avaient disparu dans l’intervalle. Ici, comme dans d’autres parties du pays, l’annonce tardive des résultats a donné lieu a des commentaires du genre: «Maintenant, ils sont en train de travailler sur les résultats».

Finalement, des rumeurs de plus en plus insistantes se sont répandues sur la manipulation des élections, à cause des écarts importants constatés entre les chiffres officiels et les résultats notés par les observateurs des partis durant le dé pouillement des votes. Ces rumeurs ont été encore alimentées par la procédure dite de vérification. Selon la loi électorale zambienne, tous les partis peuvent demander une vérification des résultats des élections deux semaines après leur tenue.


Avis critique de l’UE

Cas négligeables, faits insignifiants? Dans une lettre adressée le 13 janvier au président de la Commission Anti-Corruption, Kapembwa, le chef de la délégation de l’UE, Michael Meadowcroft a signalé plusieurs de ces irrégularités, ce qui a conduit l’ECZ à procéder à un examen. Dans un avis publié le 5 février, Meadowcroft a tiré la conclusion suivante: «The published results confirm our view that, quite apart from the errors discovered in the verification process, they cannot be relied upon as an accurate record of the voting on 27-31 December 2001». Il a souligné en particulier deux anomalies étonnantes et réclamant des explications:

1. Dans 22 circonscriptions, la participation à l’élection présidentielle et à l’élection législative a accusé des écarts considérables, atteignant en certains endroits plusieurs milliers de voix. Dans la circonscription de Mandevu, il y a eu 5.996 voix de plus pour l’élection du président que pour l’élection des députés. Dans d’autres cas, c’était l’inverse: par exemple dans la circonscription de Chawama, l’intérêt des électeurs pour le scrutin législatif a dépassé de 4.760 voix leur participation à l’élection présidentielle. En outre, en additionnant ces écarts, on obtient plus de 50.000 voix - une somme énorme si l’on considère que Mwanawasa été élu président avec une avance de 34.000 voix seulement.

2. Dans 55 des 150 circonscriptions électorales, des bulletins nuls ont été recueillis pour le scrutin législatif, mais pas un seul pour le scrutin présidentiel. Dans sept autres, c’était l’inverse, tandis que dans 21 autres, il n’y avait de bulletins nuls ni à l’élection présidentielle, ni à l’élection législative. Tout cela apparaît fort singulier dans une consultation aussi complexe que celle qui a eu lieu en Zambie, et invraisemblable, comme l’a montré l’exemple de Ndola Central. Reste à savoir ce qu’il est advenu des bulletins nuls.


Faible acception du
scrutin

Au vu des irrégularités mentionnées - et beaucoup d’autres exemples concrets pourraient être ajoutées à la liste - il est bien difficile de porter une appréciation sur ces élections. Peut-on vraiment imputer les nombreuses erreurs de comptage à de simples «erreurs humaines» comme cela a été expliqué à maintes reprises en mentionnant la fatigue de nombreux fonctionnaires électoraux? Et était-ce seulement un effet du hasard que ces erreurs aient profité pour la plupart au MMD? Force est de constater que les élections ont été influencées à plusieurs niveaux différents:

  • durant la préparation des élections, par suite du découpage obscur des circonscriptions et districts électoraux: De grandes circonscriptions comptant plusieurs milliers d’électeurs - occasionnant de longue files d’attente et une faible participation électorale - ont été souvent aménagées là où l’on supposait une forte proportion de partisans de l’opposition. L’enregistrement des électeurs, effectué en partie avec dilettantisme, a empêché justement dans les fiefs de l’opposition les conditions requises pour l’application du suffrage universel;
  • durant la période préélectorale, par l’utilisation de ressources publiques au profit de la campagne du MMD, par une politique d’information non équilibrée dans les médias publics en faveur du MMD ainsi que par un traitement inéquitable des partis dans l’organisation des manifestations publiques;
  • le jour de l’élection, par des faibles manque de bulletins de vote ou la distribution tardive des urnes a empêché le bon déroulement des élections. Particulièrement touchés ont été, comme à Lusaka, des districts électoraux dans lesquels l’opposition était potentiellement majoritaire;
  • lors du dépouillement des votes, de la synthèse et de la communication des résultats, par de nombreuses erreurs de comptage qui ont surtout favorisé le MMD.

L’ECZ, mais aussi et surtout le gouvernement zambien nouvellement élu se voient donc confrontés au problème d’une faible acceptation de l’élection. Une majorité de la population est insatisfaite du résultat du scrutin, car après dix ans de domination du MMD, elle espérait un changement à la tête du pays. L’opposition a entre-temps déposé une série de pétitions auprès des tribunaux, pour demander de recompter les votes. Pour se légitimer, il est essentiel que le gouvernement puisse répondre au reproche de manipulation électorale qui lui est adressé. Pour cela, l’ECZ aurait dû examiner les nombreuses irrégularités signalées par l’opposition, présenter un bilan détaillé des résultats dans les districts et ordonner un nouveau comptage là où les résultats sont entachés de doutes. Or cela n’a pas été fait.


Fautes de l’opposition

Indépendamment des reproches de manipulations électorales, l’opposition devrait elle aussi, dans son analyse des élections, examiner ses propres fautes. L’une des raisons majeures de ce changement manqué de gouvernement a été l’incapacité des partis d’opposition de s’entendre sur un candidat commun à la présidence. Même une manipulation de grande ampleur n’aurait pas pu, dans ce cas, empêcher la victoire d’un tel candidat. De même, l’opposition a raté sa chance de mieux coordonner ses candidatures dans les circonscriptions et de gagner ainsi une majorité plus forte au Parlement. Le MMD continue donc de former le groupe parlementaire le plus fort. C’est uniquement dans la contestation des résultats des élections que l’opposition s’est montrée unie, et cela ne pouvait évidemment pas suffire pour mettre fin à plus de dix ans de règne du MMD.

Peut-être qu’une telle unité n’était pas non plus réalisable en raison de considérations ethniques. Bien que l’on prétende souvent (en se référant à la politique de l’unité nationale de Kenneth Kaunda) que le facteur ethnique ne joue aucun rôle dans la vie politique en Zambie, la géographie électorale zambienne semble indiquer autre chose. Ainsi, il était prévisible que Masoka, en tant que Tonga, bénéficierait principalement de l’appui de la population des provinces du Sud, de l’Ouest et du Nord-Ouest et qu’il pourrait gagner également des points dans la province du Centre, où les Tonga ont un passé commun et une identité partagée avec les Ila et Lenje. Dans les trois premières provinces citées, l’UPND a gagné 40 sur 48 sièges au Parlement, ce qui permet de conclure qu’ici, comme dans beaucoup d’élections en Afrique, les électeurs ont choisi en premier lieu en fonction de la personne dirigeant le parti et seulement en second lieu selon son programme politique.

Pour sortir la Zambie de sa longue crise économique, le nouveau gouvernement a besoin d’assistance financière ainsi que d’investissements étrangers et doit rétablir la confiance dans sa crédibilité. La condition pour cela est d’éliminer les tares héritées de Chiluba, c’est-à-dire clarifier sans réserve les reproches de corruption, malversation et népotisme.

Les élections ont montré par trop clairement combien une réforme du Code électoral était urgente. Particulièrement critiquable est le mode de scrutin à la majorité simple, qui permet à un président de prendre la direction de l’État même s'il n’a été élu que par une part relativement restreinte de la population. De pus, si l’on tient compte du faible taux d’enregistrement des électeurs (55%), Mwanawasa n’a été élu que par 11% seulement de la population en âge de voter. Et si l’on considère que Mwanawasa n’a obtenu que 34.000 voix d’avance - soit en moyenne 226 voix par circonscription - sur Mazoka, son rival le plus proche, on comprend aisément que sa victoire soit mise en doute par l’opposition, suite aux nombreuses irrégularités et erreurs de comptage relevées. Un second tour aurait eu un effet positif sur l’acceptation du nouveau président par la population. Dans ce contexte, il serait évidemment nécessaire de procéder enfin à une révision des registres d’électeurs, sur la base du recensement démographique effectué en 2000. Il faudra pour cela simplifier la procédure d’enregistrement et sensibiliser la population, en particulier en milieu rural, sur l’importance des élections. Des programmes d’éducation des électeurs, menés durant la période préélectorale avec une aide financière de donateurs externes, devraient être poursuivis de façon continuelle pour parvenir à des effets durables.


Lourd héritage politique

Pour le moment, il est difficile d’augurer comment la situation va évoluer au cours des prochains mois en Zambie. Mwanawasa reçoit un lourd héritage politique et se voit confronté à toutes sortes de contraintes internes et externes.

Dans la population zambienne, il fait figure de marionnette de Chiluba et pourra très difficilement s’affranchir de cette réputation, à moins qu’il ne change radicalement les anciens cadres politiques du MMD. Or cela, justement, semble très peu probable, car selon les analyses de beaucoup de Zambiens, Chiluba, de son côté, compte apparemment prendre la succession de Mwanawasa aux prochaines élections dans cinq ans.

À l’étranger, et en particulier dans les pays de la SADC qui ont des liens économiques étroits avec la Zambie, les résultats des élections ont été accueillis avec scepticisme. Aucun chef d’État étranger n’était présent à l’investiture de Mwanawasa. Or, pour sortir la Zambie de sa longue crise économique, le nouveau gouvernement a besoin d’assistance financière ainsi que d’investissements étrangers et doit rétablir la confiance dans sa crédibilité. La condition pour cela est d’éliminer les tares héritées de Chiluba, c’est-à-dire clarifier sans réserve les reproches de corruption, malversation et népotisme. Les dirigeants du MMD ne sont évidemment pas très intéressés à le faire.

Le MMD a perdu sa majorité absolue au Parlement et le gouvernement de Mwanawasa a besoin d’alliés pour former une coalition. Les partis zambiens d’opposition ont pour la première fois la chance de participer activement à la politique. Il reste à espérer que certains de leurs membres ne se laisseront pas acheter et n’affaibliront pas l’opposition en changeant de bord ou en quittant leur parti, comme cela s’est déjà produit dans des constellations analogues dans d’autres pays africains.


Dr. Heinz Jockers et Eckart Rohde, membres de la mission des observateurs de l’UE en Zambie



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edité par: Deutsche Stiftung für internationale Entwicklung (DSE)

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