D+C Développement et Coopération (No. 4, Juillet/Août 2002, p. 4-5, 34)


«Responsabilité internationale: renforcer le développement»
Déclaration sur la politique de développement du gouvernement fédéral

Heidemarie Wieczorek-Zeul


Deux ans après la première déclaration de notre gouvernement en matière de politique de développement, nous débattons aujourd’hui, au début de l’année 2002, de notre avenir commun et de la coexistence entre pays industrialisés et en développement. Les événements des derniers mois ont bien montré qu’il ne peut y avoir qu’un avenir commun sur cette planète.

Ce débat doit donc - six mois après les attaques terroristes du 11 septembre - porter également sur la garantie civile et à long terme de la paix. De plus, chacun de nous a compris entre-temps combien il est nécessaire de lutter contre la pauvreté dans le monde et de faire en sorte que la mondialisation soit plus juste. Les trois leitmotive de notre politique de développement sont par conséquent de: lutter contre la pauvreté, aménager la mondialisation, assurer la paix.


Nouvel ordre mondial
plus juste

Récemment, Kofi Annan, le secrétaire général des Nations unies, nous a exposé en termes éloquents, ici au Bundestag, les liens étroits qui existent entre la paix, la sécurité et le développement durable et a souligné que ces objectifs requièrent notre engagement à tous et à long terme. Il nous a averti qu’il n’y a pas de solutions miracles, rapidement applicables, mais qu’il faut s’attendre à un long chemin pour assurer une paix durable. Par conséquent, en tant que gouvernement de la République fédérale, nous prenons notre part de responsabilité internationale.

Dans les discussions qui ont suivi les atrocités du 11 septembre, nous avons signalé à maintes reprises que notre monde se trouvait actuellement à la croisée des chemins. Il y a deux évolutions possibles à l’avenir:

Soit un nouvel ordre mondial dominé par la violence, la guerre, la terreur et la misère s’impose, avec des conséquences désastreuses pour nous tous, soit nous progressons en direction d’un nouvel ordre mondial plus juste. Cette année, nous avons des possibilités de poser les jalons vers un ordre mondial plus juste, par exemple à l’occasion de la conférence de Monterrey sur le financement des objectifs de développement que la communauté internationale compte atteindre d’ici à 2015, par exemple à la conférence sur le développement durable qui aura lieu à Johannesburg en août/septembre 2002 (10 ans après Rio).

Je me réjouis tout particulièrement que l’Union européenne, en adoptant un calendrier commun (augmenter le taux de la coopération au développement d’ici à 2006 à 0,39 % du PIB pour l’ensemble de l’UE et au moins à 0,33 % du PIB pour les pays membres), ait émis un signal clair en direction des pays en développement. Nous l’avons compris! Ce signal invite également les autres donateurs, les USA et le Japon, à faire de même.

Nous nous trouvons actuellement devant un autre tournant très important: Soit la communauté internationale dans son ensemble parvient à rendre la mondialisation plus sociale, écologique, humaine et juste - donc à l’aménager de telle sorte que tous les pays, même les plus pauvres, puissent en tirer avantage - soit c’est l’économique qui triomphe entièrement, ouvrant la voie à l’affaiblissement de l’État, à l’anarchie et à la barbarie.

Or, la dignité humaine, la liberté, la justice et la paix ne peuvent s’imposer en tant que principes directeurs que là où la primauté du politique est maintenue, où les populations comprennent les processus globaux et peuvent les influencer par des moyens démocratiques. C’est pourquoi la gestion de la mondialisation est une question à la fois fondamentale pour une politique démocratique et cruciale pour une politique viable!

Nous devons nous entretenir plus intensivement sur ces deux questions au niveau international et par-dessus les barrières culturelles. Le dialogue interculturel est également nécessaire pour que le mutisme entre les cultures cède la place à la compréhension mutuelle et à la communication.

Dans ce dialogue interculturel il importe également de tenir compte de ceci:
Sur la question des droits humains, et en particulier sur celle des droits des femmes, il existe un consensus à l’échelle mondiale qui a trouvé son expression dans les conventions sur les droits de l’homme et les résolutions des Nations unies sur l’égalité des femmes. Ici, il ne peut y avoir de «relativisation» par référence aux «traditions culturelles» ou aux «pratiques sociales». Les conventions sur les droits humains sont, au même titre que la Charte des Nations unies, un élément constitutif de cette «loi fondamentale» du monde qui prend forme de plus en plus. Mais nulle part il n’est écrit que le développement social et économique doit suivre partout le modèle de la mondialisation néo-libérale!


Impulsions importantes

Les 3 ans 1/2 d’application de la politique de développement du gouvernement rouge-vert ont déjà donné des impulsions importantes dans beaucoup de domaines et remporté des succès sur ses thèmes prioritaires qui sont de «combattre la pauvret», «aménager la mondialisation» et «assurer l’aveni».

  • Le gouvernement fédéral a amorcé l’élimination des dettes des pays en développement les plus pauvres pour un montant de 70 milliards de dollars US. Pour la seule année 2001 cela représente un allègement de 1,52 milliard de dollars US pour les pays concernés.
  • Nous avons obtenu que la lutte contre la pauvreté soit associée à la question de l’élimination des dettes et à la participation de la société civile dans les pays en développement.
  • Le gouvernement fédéral a adopté un programme de «Lutte globale contre la pauvreté 2015», obligatoire pour tous les ministères. Ce programme s’oppose au protectionnisme agricole de l’UE et réclame l’élimination des règlements de l’OMC qui sont discriminatoires pour les pays en développement.
  • L’Allemagne finance la lutte contre le sida, la maladie qui fait le plus de victimes dans les pays en développement, et contribue au financement du «Fonds global pour la santé».
  • Nous avons mis fin aux programmes d’ajustement structurel réclamés par le FMI, qui ont causé de graves préjudices dans les pays en développement.
  • L’Allemagne a négocié et ratifié l’Accord de Cotonou, conclu par l’UE avec 77 pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, qui met à la disposition de ceux-ci une aide financière de 13,8 milliards d’euros pour la période de 2000 à 2005.
  • Nous avons favorisé au sein de l’UE la liberté d’accès au marché communautaire pour les produits des pays en développement les plus pauvres. Si tous les pays industrialisés participaient à «l’initiative tout sauf les armes», les pays les plus pauvres pourraient augmenter leurs revenus de 3 milliards de dollars US.
  • L’Allemagne apporte une contribution substantielle à la conciliation et à la reconstruction au Kosovo ainsi que dans le cadre du pacte de stabilité pour l’Europe du Sud-Est (409 millions d’euros).
  • Nous nous concertons avec le secteur privé, dans le cadre de notre partenariat pour le développement, sur des normes sociales et écologiques pour les activités économiques, que les entreprises décident librement de respecter. Il y a d’ailleurs 10 entreprises d’Allemagne qui ont signé le Global Compact» (Pacte global) de Kofi Annan. J’invite beaucoup d’autres entreprises allemandes à participer à cette initiative d’avenir des Nations unies (Les entreprises qui y participent déjà sont: ABB, BASF, Bayer, BMW, Daimler-Crysler, Deutsche Bank, Deutsche Telekom, Gerling, Otto, SAP).
  • Le présent gouvernement a intégré les normes fondamentales de l’Organisation internationale du Travail (interdiction du travail forcé, droit à des syndicats libres et droit aux négociations collectives, interdiction des formes les plus pénibles du travail des enfants, non-discrimination sur le lieu de travail) dans les critères de politique de développement qui régissent la coopération avec nos pays partenaires et soutient des projets en conséquence.
  • Nous appuyons activement, de concert avec les pays du G8, l’intégration de plusieurs pays africains dans le «Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique» (NEPAD), qui examine avec une approche critique les évolutions négatives du continent. Le BMZ consacre à l’Afrique près de 30 % du budget total de l’aide bilatérale au développement. Il est prévu que le NEPAD bénéficiera d’un maximum de soutien, comme l’atteste la nomination, par le chancelier fédéral, de Mme Dr Eid en tant que sa déléguée particulière auprès du Programme du G8.
  • L’évolution de la grave crise politique, économique et humanitaire au Zimbabwe mettra aussi la détermination du NEPAD à l’épreuve. Les élections au Zimbabwe n’ont été ni libres, ni équitables, mais «marquées par la violence et l’intimidation» comme l’a constaté une délégation d’observateurs parlementaires des États d’Afrique australe (SADC). Nous maintiendrons notre position, qui consiste à soutenir en priorité le travail des organisations non gouvernementales au Zimbabwe, et nous inviterons l’UE à continuer sa politique de pression et de sanctions.
  • En Afghanistan, nous soutenons, en tant que membre de la communauté internationale, les efforts de la population en vue de la réorganisation politique et de la reconstruction économique du pays. La contribution allemande en faveur d’un avenir pacifique en Afghanistan est devenue l’un des principaux piliers de la reconstruction. Avec 320 millions d’euros, l’Allemagne s’est engagée à fournir non seulement la plus grande contribution bilatérale parmi les États membres de l’UE, mais a également commencé, avec son programme de 100 jours, à mettre en oeuvre très rapidement des mesures agissant tant à court qu’à long terme. Ainsi, nous apportons notre concours à la reconstruction des écoles et des hôpitaux, à l’approvisionnement en eau et en énergie, à la création d’activités génératrices de revenus pour les femmes, afin que celles-ci puissent s’assurer une existence autonome. Avec le montant que nous avons versé au Fonds fiduciaire du PNUD, nous contribuons au financement de l’administration de transition, notamment des enseignants et enseignantes. Nous soutenons aussi le travail de la ministre de la condition féminine!
  • En dehors de l’Afghanistan, la République fédérale apporte une contribution importante à la reconstruction, au développement et à la coopération dans d’autres régions en crise, telles que le Caucase et l’Asie centrale.
  • Nous avons relancé dès le premier semestre de 2001 notre coopération au développement avec le Pakistan en concentrant nos efforts sur l’éducation de base. Notre objectif ici est avant tout de renforcer le système de l’éducation scolaire publique. En effet, ce que beaucoup ne savent pas, c’est que c’est la détresse économique et non le fondamentalisme religieux qui, la plupart du temps, pousse les parents pauvres à envoyer leurs enfants dans les écoles coraniques, où ils sont endoctrinés et fanatisés. Nous voulons aider à empêcher cela.
  • Les activités en cours dans les régions en crise, qui focalisent actuellement l’attention, montrent clairement que le gouvernement fédéral réagit rapidement aux changements majeurs qui affectent la scène politique internationale et les conditions générales de développement dans les pays partenaires. De plus, les stratégies ciblées que nous appliquons pour les différents pays et régions et les activités bien concrètes que nous mettons en oeuvre réfutent le reproche de rigidité et d’inflexibilité formulé à l’encontre de notre décision de concentrer l’aide sur certains pays et certains domaines d’intervention, une pratique qui s’est pourtant avérée raisonnable, qui est couramment appliquée au niveau international et qui a déjà fait ses preuves. C’est même justement cette concentration qui nous permet de réagir avec flexibilité aux besoins d’intervention urgents. Le BMZ a montré de façon remarquable comment il est possible d’allier la quête légitime de concentration et de groupement de la contribution allemande à suffisamment de souplesse!


Que faut-il faire à l’avenir?

Je plaide pour un nouveau pacte entre les pays industrialisés et les pays en développement. Nous devons montrer que nos déclarations en faveur de la solidarité et de la coopération internationales sont sincères, que nous empruntons aussi de nouvelles voies, que nous nous débarrassons de nos oeillères, que nous ne reculons pas devant les défis énormes qui se dressent devant nous, mais que nous acceptons de les relever.

Le sommet mondial sur le développement durable qui aura lieu en août/septembre 2002 à Johannesburg sera une étape importante dans les efforts communs en vue d’assurer l’avenir de la planète et de réaliser un pacte global pour le développement. Et à tous ceux qui nourrissent des doutes, je tiens à rappeler qu’un tel partenariat pour le développement est possible, comme le prouve déjà l’Accord de Cotonou conclu entre l’UE et les pays ACP.

Je propose bien concrètement d’adopter un plan d’action international à la conférence qui aura lieu en septembre 2002, faisant suite au sommet de Rio. Ce plan devra inclure les éléments suivants:

  • des calendriers concrets établis par toutes les parties concernées pour la réalisation de l’objectif des 0,7%,
  • l’extension de l’effacement des dettes des pays en développement les plus pauvres et de nouvelles possibilités pour leur financement,
  • des propositions pour le financement des biens globaux et pour l’introduction d’énergies renouvelables sur le marché (engagements résultant des conférences mondiales sur le climat) ainsi que pour la lutte contre le sida et contre le fossé numérique,
  • d’autres mesures d’ouverture des marchés pour les produits des pays en développement,
  • la résolution des conflits entre les règles de l’OMC et les normes environnementales.

Tout cela montre que seule la coopération et non la loi du plus fort est la solution aux problèmes les plus pressants. Nous appuyons le multilatéralisme démocratique et la juridification des relations internationales. Cela implique également un monopole de pouvoir à l’échelle internationale. C’est pourquoi je me félicite que 55 États aient ratifié entre-temps le statut de la Cour pénale internationale. Ainsi, la communauté internationale montre clairement qu’elle ne tolérera plus jamais de génocides, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Les auteurs de tels crimes ne pourront plus s’en tirer impunément.

Tous les hommes dans toutes les sociétés et dans tous les États du monde ont la même aspiration: pouvoir vivre en sécurité, en liberté et dans la dignité avec sa propre identité. C’est pourquoi il importe de surmonter enfin le déficit démocratique qui règne dans les relations internationales. Ce déficit démocratique découle du fait que la mondialisation économique a progressé beaucoup plus vite que la mondialisation politique. La communauté internationale doit enfin mettre en place un «Conseil global», un organe mondial de haut niveau, dans lequel toutes les régions de monde pourront se sentir représentées et au sein duquel il sera possible de discuter de toutes les questions économiques importantes et de s’entendre sur des comportements cohérents.

La coopération internationale et le renforcement du multilatéralisme sont un premier élément. Comme deuxième élément, il convient de s’attaquer aux problèmes de sécurité à l’intérieur et entre les régions du monde. Quiconque souhaite assurer une paix durable et enrayer le terrorisme international doit chercher des solutions politiques viables aux conflits sanglants qui sévissent actuellement. Un troisième élément est nécessaire pour enrayer durablement les crises, la terreur et la violence: c’est le renforcement de l’État de droit et de la démocratie. Notre politique de développement intervient également à ce niveau. Nous avons déjà renforcé sensiblement la promotion des institutions démocratiques et des droits de l’homme dans les pays en développement et en transition. Nous voulons continuer dans cette voie.

Contre les crises, la terreur et la violence, il n’y a, à plus long terme, qu’une seule stratégie qui soit prometteuse de succès: c’est la lutte contre la pauvreté, l’injustice et l’exclusion dans le monde. La politique de développement a déjà démontré qu’avec ses instruments elle pouvait effectuer un travail efficace à cet égard. C’est ce que confirme, entre autres, le rapport récemment publié par la Banque mondiale sur l’efficacité de la coopération au développement dans les années passées. Pour ne citer que deux chiffres: L’espérance moyenne de vie à la naissance dans les pays en développement a augmenté de 20 ans depuis 1960. Le nombre des adultes analphabètes a diminué de 47 pour cent en 1970 à 25 pour cent aujourd’hui.

La politique de développement mérite donc notre engagement à tous. Car, comme l’a dit le président de la Banque mondiale, James Wolfensohn: Si vous voulez que vos enfants vivent dans un monde en paix dans les 25 prochaines années, il faut vous occuper dès aujourd’hui du développement international!


Déclaration sur la politique de développement du gouvernement fédéral prononcée par Heidemarie Wieczorek-Zeul, Ministre fédérale de la Coopération économique et du Développement, le 15 mars 2002 à l’occasion du débat sur la politique de développement au Bundestag allemand



D+C Dévelopment et Coopération,
edité par: Deutsche Stiftung für internationale Entwicklung (DSE)

Rédaction:
D+C Dévelopment et Coopération, B.P., D-60268 Frankfurt, Allemagne.
E-Mail:  remeyer@t-online.de
 
 

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