D+C Développement et Coopération (No. 4, Juillet/Août 2002,
p. 3)

FMI et Banque Mondiale: lurgence de réforme
Natacha David, CISL

Avec lOMC, les institutions financières internationales de Bretton Woods (FMI et Banque Mondiale) encadrent léconomie mondiale. Depuis des années, elles sont lobjet de virulentes critiques émises par la société civile en général, et les syndicats en particulier. En cause: les ravages sociaux induits par leurs politiques économies ultra-libérales, pour des résultats économiques plus que mitigés.
Même Joseph Stiglitz, ancien chef économiste de la Banque Mondiale, remarque que les économies les plus florissantes parmi les pays en développement sont celles qui nont pas suivi les recommandations des institutions de Bretton Woods: «les politiques prônées par les institutions financières internationales ont contribué à linstabilité, notamment sur les marchés financiers. Axées sur la privatisation, elles ont eu un impact social négatif et nont en rien permis davancer sur des questions aussi cruciales que la réforme agraire».
Lors dune récente conférence co-organisée par la centrale américaine AFL-CIO, M. Stiglitz a poursuivi en déclarant que ces institutions sétaient concentrées sur la politique monétaire et fiscale, délaissant complètement des questions vitales, comme la protection sociale ou le capital social.
Une étude récente de la Banque Interaméricaine de Développement (BID) révèle ainsi que la libéralisation des marchés financiers a eu tendance à accroître la pauvreté et linégalité en Amérique latine. La croissance économique positive remarquée par exemple au Mexique, au Pérou et au Venezuela, nempêche pas la progression du taux de pauvreté dans ces mêmes pays.
«Bien que ses économistes soient rarement spécialisés dans les questions du travail, les prescriptions politiques du FMI englobent très souvent des recommandations en vue dabaisser les salaires, de réduire la protection des travailleurs ou de rendre de toute autre manière le marché du travail plus flexible», dénonce James Howard, qui adresse le même genre de récrimination à légard de la Banque Mondiale. En Europe centrale et orientale, par exemple, la Banque Mondiale conseille à plusieurs pays de procéder à une révision à la baisse de leur code du travail, de manière à restreindre les droits de négociation collective.
Quelles réformes?
Transparence et responsabilité sont essentiels pour combattre la corruption et prévenir des crises financières déstabilisatrices, cest la leçon que les institutions financières internationales (IFI) ont été contraintes dadmettre au lendemain de la crise financière asiatique de la fin des années 90. Tout comme elles semblent aussi avoir admis la nécessité de plus de transparence en leur sein pour assurer une participation efficace de la société civile au processus de développement. «Néanmoins, il faudra des changements bien plus profonds si lon veut que le FMI et la Banque Mondiale justifient leur existence même», avertit James Howard.
En clair, le mouvement syndical réclame un allégement de la dette des pays en développement beaucoup plus substantiel, ainsi que labandon de lidéologie de soutien inconditionnel à la privatisation et à la libéralisation des marchés, au profit dune approche plus pragmatique. Plutôt que dimposer la privatisation tout azimut, les syndicats demandent que le FMI et la Banque Mondiale mettent leurs ressources au service du développement et de la modernisation des entreprises publiques. James Howard insiste aussi sur la nécessité de soutenir les pays dans leurs efforts pour parvenir à la sécurité alimentaire et développer des activités génératrices demplois.
«Dans le contexte actuel de ralentissement de léconomie mondiale, et donc, de perspectives accrues dinstabilité financière, le FMI et la Banque Mondiale doivent prendre des mesures rapides pour mettre en place un système financier international doté dune nouvelle réglementation», ajoute-t-il.
Améliorer les filets de sécurité
sociale
Pour assurer des garde-fous face aux forces de la mondialisation qui brisent les structures dappui traditionnelles et rendent les économies nationales plus vulnérables à linstabilité et à lincertitude, les institutions financières internationales doivent soutenir et encourager les gouvernements à améliorer les filets de protection sociale (pensions de retraite, prestations de chômage, allocations familiales, prestations en cas de maternité, de maladie et daccident), en se basant sur un système de relations de travail solides, dans lesprit des conventions et recommandations de lOIT.
La liberté dorganisation pour les pauvres et les déshérités est au coeur du combat pour la réduction de la pauvreté, comme dailleurs le reconnaît une récente étude de la Banque Mondiale. Cest pourquoi les institutions de Bretton Woods doivent promouvoir les normes de travail fondamentales dans toutes leurs activités, notamment les droits à la liberté syndicale et à la négociation collective qui doivent devenir des éléments conditionnels à toute stratégie dassistance. «Enfin, le FMI et la Banque Mondiale doivent se montrer plus cohérents dans leurs pratiques en matière de consultation des syndicats et des autres acteurs de la société civile», conclut James Howard.
Source: Le Monde syndical, Bruxelles.

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edité par: Deutsche Stiftung für internationale Entwicklung (DSE)
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