D+C Développement et Coopération (No. 2, Mars/Avril 2002,
p. 16 - 17)

Le FIDA dénonce la pauvreté en zone rurale
Simen Ekern

Selon un rapport du Fonds international de développement agricole des Nations Unies (FIDA), il faut que la communauté mondiale accorde une plus grande attention aux besoins des populations pauvres des zones rurales, car la majorité des pauvres continueront de vivre dans les campagnes jusqu'en 2035 au moins.
Bien que la pauvreté soit concentrée dans les régions rurales, la valeur absolue de laide destinée à lagriculture a diminué denviron 65 % entre 1987 et 1998, parallèlement à la réduction des investissements dans lagriculture et dans les régions rurales. Tel est le constat du Rapport du FIDA sur la pauvreté rurale, 2001. «Pour aboutir, les programmes de réduction de la pauvreté doivent être réorientés en direction de lagriculture et des populations des zones rurales», affirme M. Michael Lipton, Directeur de lUnité de recherche sur la pauvreté de lUniversité du Sussex (Royaume-Uni), qui a collaboré à létude du FIDA.
Le rapport indique notamment que, pour réduire la pauvreté dans les campagnes, il faudra encourager la production des denrées de base indispensables à la subsistance des populations pauvres des zones rurales, accroître la part des ressources qui leur sont destinées, mieux distribuer leau et accorder une attention particulière aux femmes.
Puisque ces mesures nont dans lensemble pas encore été prises, le rapport prédit que les dirigeants mondiaux ne tiendront pas lengagement pris lan dernier au Sommet du millénaire de lONU, qui consiste à réduire de moitié la pauvreté dans le monde dici à 2015. Jusquà présent, seules 10 millions de personnes par an sortent de la pauvreté, au lieu des 30 millions prévus. Cet échec a de très lourdes conséquences en Afrique subsaharienne, où le taux de réduction de la pauvreté devra être multiplié par six si l on veut respecter léchéance.

Idées fausses
«Cet échec vient en grande partie dune idée fausse selon laquelle le problème de la pauvreté sest déplacé des campagnes aux mégapoles en expansion du monde en développement», a observé M. Fawzi H. Al-Sultan, qui était alors Président du FIDA (M. Lennart Båge a depuis été nommé Président du FIDA).
Selon les estimations de la Banque mondiale, 217,2 millions de personnes vivaient en Afrique subsaharienne avec moins dun dollar par jour en 1987 et ce chiffre est passé à 290,9 millions en 1998. Alors que le nombre de pauvres a continué daugmenter en Afrique, le pourcentage quils représentent dans la population totale na pratiquement pas baissé, puisquil est passé de 46,6 à 46,3 % au cours de la même période.
Bien que le FIDA confirme que le taux global de pauvreté en Afrique na pas baissé, quelques pays ont connu une «diminution sensible de la pauvreté en milieu rural». Il faut citer en particulier lÉthiopie, dont la production agricole a été importante au début des années 90, grâce à de bonnes pluies, bien que la croissance ait depuis ralenti en raison de la guerre. Par ailleurs, lOuganda, où la sécurité sest améliorée, a connu une bonne croissance qui a permis aux revenus moyens daugmenter. La Mauritanie et la Zambie ont aussi connu une diminution de la pauvreté, qui reste cependant importante. Au Zimbabwe, par contre, laugmentation de la pauvreté a été manifeste.

Le VIH/SIDA sintroduit
dans les campagnes
En Afrique orientale et australe, dans les six pays étudiés dans le rapport, les taux de pauvreté en milieu rural sont supérieurs à ceux des villes. En Afrique occidentale et centrale, la pauvreté est plus importante dans les campagnes que dans les villes, dans neuf des dix pays étudiés. Dans les familles pauvres de ces pays, le pourcentage denfants qui meurent avant lâge de cinq ans se situe entre 20 et 30 %, pourcentage quune grande partie de lAsie et le reste de lAfrique ne connaissent plus depuis un demi-siècle. Le VIH/SIDA, qui à lorigine concernait surtout en Afrique les citadins non pauvres, sattaque de plus en plus aux populations pauvres des zones rurales.
Compte tenu de cette évolution, le Secrétaire général de lONU, Kofi Annan, a déclaré lors de la parution du rapport que pour «apporter une solution durable au problème de la pauvreté urbaine aussi bien que rurale, il faut donner aux populations des zones rurales de meilleures possibilités de gagner leurs vies».
La croissance économique globale ne suffira pas à réduire la pauvreté rurale, affirme le FIDA. Il faut cibler les ressources et garantir aux populations pauvres des zones rurales un accès équitable aux institutions et aux marchés. Les femmes méritent une attention particulière dans tous ces domaines. Les inégalités qui existent entre hommes et femmes entravent la croissance économique et le développement humain, affirment les auteurs du rapport, et ces inégalités sont plus marquées dans les zones rurales, surtout parmi les pauvres.
Dans la lutte menée contre la pauvreté, il est essentiel daméliorer la coopération entre donateurs internationaux et gouvernements nationaux. Mais, a déclaré M. Al-Sultan, «cest avec les pauvres eux-mêmes que sétablit le partenariat fondamental. Ce sont eux qui possèdent les talents, les compétences et les connaissances nécessaires.»
Source: Afrique Relance, New York/ONU

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edité par: Deutsche Stiftung für internationale Entwicklung (DSE)
Rédaction:
D+C Dévelopment et Coopération, B.P., D-60268 Frankfurt, Allemagne. E-Mail: remeyer@t-online.de
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