D+C Développement et Coopération (No. 2, Mars/Avril 2002, p. 15 - 16)


Partage des terres - Partage du pouvoir

Uwe Kerkow


La mise en vente de terrains ne peut à elle seule déboucher sur une réforme agraire digne de ce nom. C’est l’un des principaux messages d’un colloque organisé à Bonn sur le thème «Accès à la terre» par le Cercle de travail pour la lutte contre la pauvreté par l’aide à l’autoassistance (AKA). Ce cercle de travail regroupe en Allemagne des organisations publiques et non gouvernementales engagées dans la politique de développement. L’éventail va du Ministère de la Coopération aux fondations politiques en passant par les organisations ecclésiastiques, l’Agro-Action allemande et les membres du Cercle de travail pour la réforme agraire, parmi eux des groupes de lobbying comme FIAN (Food First Information and Action Network).


Conditions préalables

Dans un document commun les participants énumèrent une série de conditions préalables au succès d’une réforme agraire. On y lit notamment ceci: «Les fonds spéciaux et les banques ne permettent l’accès à la terre qu’à un groupe de producteurs en mesure de rembourser les crédits. En conséquence de quoi la communauté internationale et les gouvernements doivent reconnaitre que ces instruments sont insuffisants dans le contexte de sociétés extrêmement inégalitaires. Les réformes agraires orientées vers le marché ne peuvent remplacer la redistribution publique des terres - expropriations incluses si celles-ci sont compatibles avec les lois.» Le Cercle de travail s’oppose donc résolument à la politique de la Banque Mondiale, qui n’approuve que les réformes agraires menées sans expropriations.

«Cela fait dix ans que nous faisons l’expérimentation de réformes agraires axées sur le marché», constate Miguel Urioste de la fondation TIERRA en Bolivie. «Au Brésil, en Colombie et au Mexique en particulier, cette politique a montré ses faiblesses.» D’une part les paysans les plus pauvres précisément n’ont tout simplement pas les moyens d’acquérir les terres proposées. De l’autre la politique de la Banque mondiale encourage au bout du compte une concentration de la propriété foncière. Elle table en effet sur une compétition sauvage entre les paysans, celle de l’éviction des terres, qui peu à peu rend l’économie de subsistance impossible et contraint donc les plus pauvres à émigrer vers les villes.

Parallèlement beaucoup de gouvernements continuent d’allouer de généreuses subventions aux grands propriétaires terriens, indirectement ils encouragent même les friches dans la mesure où les impôts fonciers qu’ils perçoivent sont la plupart du temps beaucoup trop bas. Le Cercle de travail demande donc aux gouvernements du Sud de s’engager plus fortement pour les réformes agraires. Il demande aussi à la coopération au développement d’accorder la priorité aux réformes agraires sans les considérer uniquement comme un moyen de redistribution des terres. Il importe bien plutôt d’accompagner ces réformes de lois destinées à améliorer la situation des paysans sans terre, des groupes indigènes, des femmes et des éleveurs nomades. Enfin dans les sociétés qui sortent d’une période de guerre, comme au Guatemala, les réformes agraires sont un préalable à la paix.


Passer à l’action

Volker Hausmann, le secrétaire général de l’Agro-Action allemande, a pressé le gouvernement fédéral de passer immédiatement à l’action: «Si la communauté internationale veut atteindre l’objectif d’une réduction de moitié de la pauvreté et de la faim d’ici à 2015, elle doit aussi engager des réformes sur ce thème. C’est la raison pour laquelle l’Agro-Action allemande a proposé la création d’un fonds spécial pour soutenir les réformes foncières et agraires.»

Le gouvernement fédéral est donc interpellé. Etant représenté au sein du Cercle de travail pour la lutte contre la pauvreté par le Ministère de la Coopération (BMZ), la Deutsche Gesellschaft für technische Zusammenarbeit (GTZ) et le Service allemand de Développement (DED), il peut difficilement rejeter ses revendications au motif qu’elles sont non fondées ou excessives. Uschi Eid, la secrétaire d’Etat parlementaire au BMZ, s’est toutefois abstenue de toute suggestion ou promesse concrète dans son intervention au colloque. Elle a malgré tout renvoyé à la hausse du budget du ministère, «qui nous donne aussi une marge financière supplémentaire pour fournir ici des contributions.»

A l’issue du colloque, les ONG membres du Cercle de travail se sont réunies pendant deux autres jours pour accorder leurs positions et se répartir leurs futures tâches. «Toutes sont satisfaites de la résolution du Cercle de travail», souligne Peter Lanzet, du Service protestant de développement (EED), «cette base nous donne des arguments contre la politique néo-libérale de la Banque Mondiale.» Selon lui toutefois une question demeure: quels critères appliquer pour juger les alternatives? Des premières expériences ont certes été faites, en particulier aux Philippines, mais presque toutes les questions sont encore en suspens. «Jusqu’à présent nous nous sommes en outre concentrés sur l’acte proprement dit de la réforme foncière», fait remarquer Peter Lanzet. «Or nous savons qu’il s’agit d’un processus dont le succès dépend largement des antécédents politiques. Comment le pouvoir est-il partagé dans la société? Comment un tel processus peut-il être organisé dans une réelle transparence et en associant les intéréssés de part et d’autre?»


Participation

Une fois la redistribution des terres achevée, les nouveaux propriétaires terriens ne doivent pas non plus être abandonnés à eux-mêmes. «Là aussi il apparaît clairement que le développement a de nombreuses dimensions», rappelle Peter Lanzet. Il ne suffit pas de dispenser des conseils agricoles aux nouveaux paysans. «A moyen terme il y va aussi des chances de participation politique, de l’éducation et de la mise en place d’une infrastructure qui rende la vie à la campagne digne d’être vécue.»



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edité par: Deutsche Stiftung für internationale Entwicklung (DSE)

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