D+C Développement et Coopération (No. 2, Mars/Avril 2002, p. 3)


Editorial

Lutter efficacement contre l’émigration illégale des Africains

Pr Dr Théodore Lubana N.A.


Plusieurs décennies après les indépendances, l’image de l’Afrique correspond aujourd’hui à la quadrilogie «Surendettement - Programmes d’Ajustement Strucurel - Chômage - Pauvreté»

Concrètement, plus de 43 % de la population de la partie subsaharienne de ce continent vivent en-dessous du seuil de pauvreté (moins d’ 1 $ US par jour)! Pour subvenir à leurs besoins vitaux, les familles recourent de plus en plus au travail, voire au trafic de leurs enfants.

La transformation du PAS en Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté par le FMI n’a rien modifié à la réalité intrinsèque.

Les populations observent avec stupéfaction que la politique constitue le chemin le plus court pour devenir riche.

Plus d’une décennie après la chutte du Mur de Berlin, et le discours historique de feu Président François Mitterand à La Baule, les 2/3 des conflits armés dans le monde se déroulent sur le territoire africain!

Cette situation entraîne la mort des innocents, la fuite des cerveaux et des capitaux, la dislocation des familles, la destruction du patrimoine économique, social et culturel, le chômage, l’enrôlement forcé des jeunes et des enfants par les belligérants, les famines, la misère, etc.

Les calamités naturelles et le SIDA assombrissent encore davantage ce sinistre tableau. Le phénomène de «diplômés sans emploi» constitue de son côté un vrai désastre. Le continent noir ressemble ainsi à une montagne d’intentions dans un désert de réalisations.

Bon nombre de jeunes ne jurent plus que par l’exode hors du continent. Pour cela, ils exploitent abondamment «les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC)». Ils passent des heures, des jours, des semaines, des mois sur Internet.

Aucun pays n’échappe à la règle. C’est par vagues entières qu’ils veulent aller tenter leur chance en Europe, en Amérique du Nord, en Asie, voire en Océanie. Toute une industrie maffieuse a vu le jour. Les passeurs de tous poils font miroitier le paradis à tous ces jeunes, ces hommes et ces femmes en quête de mieux-être.

Sur la population des clandestins africains arrêtés par les gardes-côtes espagnoles, l’âge moyen est de 20 à 30 ans. Il y a 20 % des femmes, 40 % des personnes instruites (niveau bacchalauréat et universitaire).

Généralement, on dénombre beaucoup de prétendants, peu d’élus à l’arrivée. Les expulsions, manu militari, des indésirables ont longtemps constitué la principale alternative. Les plus chanceux entrent clandestinement, et viennent s’ajouter à ceux dont le séjour légal a expiré, mais n’envisagent pas de regagner leurs pays. Sous la pression des opinions publiques ouest-européennes, la régularisation massive d’une partie de ces immigrants illégaux a été organisée en 2000. Par ailleurs, depuis près de trois ans, le retour volontaire avec la promesse d’une réinsertion positive est timidement expérimentée.

Ainsi, sous certaines conditions, les migrants illégaux désireux de regagner leurs pays d’origine, suivent une courte formation en gestion de micro-entreprise, et bénéficient du financement de leur activité sur le terrain.

Quelle nouvelle alternative envisager aujourd’hui? Aider les Africains en séjour illégal en Europe à se réinsérer dans leurs pays à l’aide de micro-entreprises relève davantage de la charité que de la véritable lutte contre la pauvreté. En un temps aussi court, il est difficile de former un entrepreneur, un bon manager. En effet, les candidats au retour volontaire sont majoritairement analphabètes ou peu instruits.

Il est plus que temps que les décideurs africains développent des politiques en faveur de l’expansion de l’entrepreneurship à l’école. Il devient de plus en plus impérieux que les Pouvoirs Publics africains réfléchissent autour d’une table avec l’école, l’université, les parents, le monde des entreprises, les syndicats, le monde associatif, les églises et l’opposition politique sur les voies et moyens pour lutter contre le chômage des jeunes, la pauvreté et la misère.

Une refonte de tout le système éducatif (à tous les niveaux) africain s’impose. L’école et le monde des entreprises doivent travailler main dans la main afin de rapprocher l’un des besoins de l’autre, et vice versa. La politique étatique doit favoriser l’expansion des entreprises (grandes, moyennes et petites, individuelles et associatives) créatrices d’emplois.

Le développement de l’épargne scolaire nous paraît l’une des voies efficaces pour lutter contre le chômage des diplômés. La démarche consiste à permettre aux finalistes de l’université et des écoles secondaires et supérieures spécialisées, auteurs des meilleurs projets, de réaliser ces derniers. Les jeunes entreprises recruteront prioritairement parmi les finalistes des institutions faisant partie du réseau «d’épargne scolaire». Le financement sera progressivement récupéré afin de pérenniser le système. Cette approche génératrice de revenus et créatrice d’emplois mérite d’être soutenue et encadrée par les partenaires occidentaux. Les ONG et les structures ministérielles occidentales chargées de la coopération au développement pourront assurer le suivi et l’évaluation sur le terrain.

Concomitamment, le crédit formel à l’investissement et les différents systèmes de financement décentralisés devront être développés, encouragés, encadrés et soutenus. Une attention particulière devra être accordée aux projets des jeunes et des femmes. L’entrepreneuriat associatif devra être également encouragé. Ce qui suppose des politiques macro-économiques et monétaires responsables et transparentes. En clair, seule une réelle chaîne de solidarité, en amont et en aval, aux plans national et international, pourra permettre de lutter efficacement contre l’émigration illégale des Africains. La jeune Union Africaine devrait intégrer cette problématique dans sa stratégie de lutte contre la misère et la pauvreté.



D+C Dévelopment et Coopération,
edité par: Deutsche Stiftung für internationale Entwicklung (DSE)

Rédaction:
D+C Dévelopment et Coopération, B.P., D-60268 Frankfurt, Allemagne.
E-Mail:  remeyer@t-online.de
 
 

Sommaire Sommaire Début page Début page
Fondation Allemande pour le Développement International (DSE)Forum de la Politique du Développement (EF)L'Institut International de Journalisme de la DSE (IIJ)Division de l'EducationCentre d'Information sur le Développement (IZEP)Centre de Développement Economique et Social (ZWS)Centre d'Orientation Régionale (ZA)Division de Promotion de l'Administration PubliqueCentre de Promotion des Métiers (ZGB)Centre pour l'Alimentation, le Développement Rural et l'Environnement (ZEL)Division de Promotion de la Santé Publique


Copyright © 2002, DSE, 19.02.2002