Cette observation comme ses conclusions auront forcément un caractère temporaire, les processus décrits et évalués passant par une phase continue de changement. Il serait prématuré démettre un quelconque jugement définitif. Lobjectif est bien plutôt celui dune réflexion critique sur les récents développements traduisant le désir et la volonté politique du continent de tracer pour le 21ème siècle lagenda du rôle quentend jouer lAfrique dans le monde.
Lanalyse suivante sappuie sur lobservation des efforts récemment accomplis pour renforcer le profil et le rôle de lAfrique dans la communauté internationale,
- dune part au moyen dun programme politique visant à définir pour les Etats africains un vaste dénominateur commun dans leur aspiration collective au développement à lintérieur de la mondialisation; ce programme est contenu dans la Nouvelle Initiative Africaine (NIA),
- de lautre par la transformation de lOrganisation de lUnité Africaine (OUA) en Union Africaine (UA) comme nouvelle plateforme dune collaboration plus étroite entre les Etats du continent.
Les efforts en cours pour identifier parmi les pays africains des desseins et des objectifs communs au moyen dun document politique sont à rattacher directement au rôle très actif joué par le président sud-africain Thabo Mbeki. Avec sa transition démocratique lAfrique du sud est devenue dans la seconde moitié des années 90 un facteur politique important sur le continent, que ce soit en assumant activement ou en se voyant conférer passivement un rôle de moteur au-delà de ses frontières. Sinspirant déléments puisés dans les discours philosophiques du passé sur le panafricanisme, la négritude, lubuntu et la conscience noire, Thabo Mbeki a forgé à la fin des années 90 un mot de ralliement quil sest employé à populariser à grand renfort dinitiatives personnelles: la renaissance africaine. Si le concept a échoué à se matérialiser comme nouveau paradigme achevé et concis, il a réussi en revanche à rallier pareillement des décideurs politiques, des technocrates et des intellectuels autour dune notion pas véritablement nouvelle mais toujours très émotionnelle, et à la dimension à la fois culturelle, psychologique et politique: celle dune dignité et dune fierté africaines plongeant leurs racines dans des réalisations antérieures.
Le projet de la renaissance africaine a ainsi apporté une contribution importante à la revitalisation de valeurs considérées comme véritablement africaines et humaines (au sens de «civilisées» par opposition à la notion discriminatoire de «primitives»). Il a échoué (ou peut-être nétait-ce pas sa finalité) à établir un concept et une stratégie politiques aptes à être utilisés comme instruments concrets. Mais il a réussi à consolider une assise philosophique remontant aux origines des tentatives démancipation de la domination eurocentrique du monde industrialisé occidental des colonisateurs. Dans ce sens il a apporté une réponse au complexe dinfériorité et au syndrome de la dépendance, intériorisés par la suite et toujours si répandus.
La traduction de la renaissance africaine en concepts et programmes politiques a peu à peu fait entrer le terme lui-même à lintérieur du discours politique public. Son introduction systématique sur la scène internationale peut être datée du 28 janvier 2001, lorsque le président Thabo Mbeki a présenté le «Programme de renaissance de lAfrique pour le millénaire» (MAP) au Forum économique mondial de Davos. Thabo Mbeki qualifiait alors le MAP de «déclaration du ferme engagement de dirigeants africains à sapproprier la responsabilité du développement économique durable du continent».1 Il avait bénéficié pour son intervention à Davos de lappui du président nigérian Olusegun Obasanjo et de lassistance active des présidents Benjamin Mkapa de Tanzanie et Abdoulaye Wade du Sénégal. Le document présenté est né au cours dun processus qui a commencé lorsque les présidents sud-africain, nigérian et algérien ont été mandatés en 1999, par le sommet extraordinaire de lOUA à Syrte, pour obtenir des créanciers de lAfrique lengagement dune annulation totale de la dette extérieure africaine. Par la suite, en avril 2000 au sommet du Sud à la Havane, les présidents ont été chargés de transmettre les préoccupations du Sud au sommet du G8 à Okinawa en juillet 2000. Le sommet de lOUA au Togo en 2000 a mandaté les mêmes présidents pour préparer le projet de Programme du millénaire pour le renouveau de lAfrique.2 A la conférence ministérielle de la Commission économique des Nations unies pour lAfrique (CEA), du 8 au 10 mai 2001 à Alger, le gouvernement sud-africain a présenté le «Partenariat du millénaire pour le programme de renouveau de lAfrique» comme la version actualisée et finale des efforts conjoints. Par la même occasion, le président sénégalais Abdoulaye Wade a présenté un «plan Omega pour lAfrique»3 et la CEA un «programme pour le redressement de lAfrique». Il a alors été décidé que les trois documents fusionneraient en un seul texte qui serait présenté au sommet de lOUA en juillet 2001 à Lusaka, un sommet où les chefs dEtat ont adopté le projet final sous le nom de «Nouvelle Initiative Africaine».
La NIA insiste dans son introduction sur la «vision commune et la ferme conviction» des dirigeants africains , ancrant le programme sur «la détermination des Africains de se sortir eux-mêmes et de sortir le continent du malaise du sous-développement et de lexclusion dans un monde en voie de mondialisation» (paragraphe 1). Elle proclame que «les peuples africains ont commencé à manifester leur refus dune direction économique et politique indigente» (paragraphe 7). En référence aux douloureuses expériences historiques de lappauvrissement du continent, elle conclut que «les Africains ne doivent pas être les pupilles de tuteurs bienveillants, mais au contraire les architectes de leur propre redressement durable» (paragraphe 27). La NIA réaffirme aussi la revendication articulée auparavant par Thabo Mbeki en définissant «un nouveau cadre dinteraction avec le reste du monde... basé sur lagenda établi par les Africains au travers de leurs propres initiatives et de leur propre volonté, pour forger leur propre destinée» (paragraphe 47). Pour atteindre ces objectifs les dirigeants africains déclarent endosser une responsabilité conjointe pour la liste suivante de buts et de tâches identifiés (ibid.):
Les conditions préalables au développement identifient trois sphères: 1) paix, sécurité, démocratie et bonne gouvernance; 2) gouvernance économique mettant laccent sur la gestion des finances publiques; 3) coopération et intégration régionales (paragraphe 48). Les objectifs à long terme mettent en relief léradication de la pauvreté et la promotion du rôle des femmes (paragraphe 49). Parmi les buts visés figurent un taux de croissance annuel du produit intérieur brut supérieur à 7 % au cours des 15 prochaines années ainsi que la réalisation des objectifs internationaux de développement, OID, (paragraphe 50)4. Si cela ressemble à «un panier à provisions rempli de voeux pieux»,5 la NIA souligne elle-même que «si rien de nouveau et de radical nest accompli, lAfrique natteindra pas les OID ni le taux de croissance annuel de 7 % du PIB» (paragraphe 52). Cette vision est assurément plus proche de la réalité, mais le document omet dexpliquer de façon suffisamment claire ce que ses auteurs entendent par nouveau et radical.
Les thèmes majeurs spécifiés dans le paragraphe 53 énumèrent la paix, la sécurité, la démocratie, la bonne gouvernance, les droits humains et la saine gestion économique comme autant de préalables à un développement durable (53.1), de même que le besoin de coopération régionale et dintégration économique (53.2). Huit secteurs prioritaires sont identifiés: les infrastructures, les technologies de linformation et de la communication, la santé, léducation, la culture, lagriculture, la diversification de la production et des exportations et laccès aux marchés des pays industrialisés.6 Le programme daction définit comme cadre temporel provisoire les six premiers mois suivant linstitutionnalisation, à la tête de linitiative africaine, dune direction chargée de certaines tâches. Celles-ci concernent notamment la définition de mesures détaillées et des coûts exigés dans les secteurs de la paix et de la sécurité ainsi que la formulation de recommandations pour «des outils appropriés de diagnostic et dévaluation en conformité avec les objectifs partagés de bonne gouvernance» (paragraphe 54.1). Une place considérable est faite à la spécification des objectifs et des mesures à prendre pour la réalisation des buts visés dans les secteurs prioritaires.7 Le document sachève sur un échéancier pour les six premiers mois. Il établit un calendrier daction, commençant par une première réunion, en juillet 2001, du comité dapplication de linitiative. Une session spéciale de lassemblée générale de lONU en septembre 2001, puis un sommet de chefs dEtat sur le financement de linitiative africaine en octobre 2001 au Sénégal concluent les suggestions faites pour élargir la campagne en faveur de la NIA (paragraphe 74).
Reste à savoir cependant dans quelle mesure linitiative africaine pèse dun poids suffisant pour convaincre le monde extérieur à Afrique, et en particulier les pays industriels de lOCDE, que lappui à cette initiative est une nécessaire reconnaissance des problèmes du continent et une contribution à leur solution. Il faut par ailleurs se demander dans quelle mesure le poids politique et économique des dirigeants africains (ou en réalité leur manque de poids) pourrait assurer lapport des réponses souhaitées et obtenir louverture dun débat international sur la NIA. Les terribles attentats terroristes du 11 septembre auront un impact durable sur les relations et les politiques internationales et dautres priorités retiennent actuellement lattention des puissants de ce monde.8
Les premières réactions des pays industrialisés laissent entrevoir une appréciation positive de linitiative et de la «stratégie de marketing» appliquée par Thabo Mbeki et son équipe à loccasion du sommet du G8. Comme la résumé un commentateur américain: «Il était inévitable que le MAP soit bien accueilli par le G8, il est arrivé au bon moment. Lorsque des émeutiers dévastent Gênes au nom dun meilleur traitement pour le Tiers-Monde, aucun responsable politique ne va dire que cest une mauvaise idée... Le discours de Mbeki sur la volonté des Africains de prendre leur destinée en main convient à la perfection et il ne faut surtout pas quil change de message. Traduit aux électeurs occidentaux cela signifie que la sébile sera maintenue hors de leur vue.»9 Sans doute est-il trop tôt pour juger si cette perception a souffert, et si oui dans quelle mesure, de la controverse et de la polarisation idéologique auxquelles a donné lieu la conférence mondiale contre le racisme à Durban, ainsi que du débat sur le problème des réparations.10
Des événements plus récents ont focalisé lattention de puissants acteurs de la politique internationale et de léconomie globale, ce qui na évidemment pas favorisé un regain dattention pour les défis posés à un continent africain déjà marginalisé. Dans le même temps la NIA sest vue confrontée à un autre facteur nouveau. Le processus de rédaction du texte a abouti à ladoption dun document politique officiel par les chefs dEtat africains au sommet de lOUA, du 9 au 11 juillet 2001 à Lusaka. Parallèlement la finalisation des démarches conduisant à la transformation de lOUA en UA a créé au même moment une dimension supplémentaire qui aura forcément un impact sur la NIA. Quun document politique, comme lexpriment clairement certains passages de la NIA, cherche à pénétrer un territoire nouveau et à franchir des frontières dune façon qui nest pas reflétée par le cadre institutionnel de linstance continentale existante est une chose. Cen est une autre si cet organe gouvernemental subit au même moment une transformation et si le document doit opérer à lintérieur de paramètres organisationnels nouvellement définis, qui reflètent eux aussi un changement de politique. Trop de choses dépendent en effet de la question de savoir si une nouvelle volonté politique sexprime de façon aussi visible dans la restructuration de cette organisation. Lévaluation du potentiel de la NIA exige donc dexplorer aussi les possibles implications de la transformation de lOUA en UA.
Lacte constitutif de lUnion Africaine a été adopté par la 36ème session ordinaire de lassemblée des chefs dEtat et de gouvernerment le 11 juillet 2000 à Lomé. Pour entrer en vigueur il devait être ratifié par les deux-tiers des 53 membres de lOUA. A louverture des délibérations du sommet de Lusaka en juillet 2001, 50 Etats membres lavaient ratifié et lUA pouvait donc voir le jour.
Malgré cette expression unique de volonté politique, lampleur des tâches à surmonter a tempéré lenthousiasme. Kofi Annan, le secrétaire général des Nations unies, a lui-même prôné la prudence dans son discours au sommet de Lusaka: «cet effort historique», a-t-il déclaré, «demandera des qualités de dirigeants, du courage et de la volonté pour se détacher du passé.»11 Lénergie déployée autour du projet dUnion Africaine par le dirigeant libyen Mouamar Kadhafi, considéré comme son principal inspirateur, a aussi été davantage perçue comme un motif de préoccupation que comme un encouragement à létablissement de la confiance. Les plans ambitieux de lUA cherchent à concrétiser des idées défendues dès le début des années 60 par des panafricanistes comme le défunt Kwame Nkrumah. Ils prévoient la création dun parlement africain, dune cour de justice et dun conseil économique, social et culturel - autant dinstitutions qui, si elles étaient prises au sérieux, contribueraient à renforcer lautorité continentale aux dépens des sacro-saints principes de souveraineté nationale. Il serait prématuré de dire aujourdhui si lAfrique sécartera concrètement de ce paradigme, et si oui jusquoù. A la lumière des politiques post-coloniales menées sur le continent et de lautonomie jalousement revendiquée par les gouvernements nationaux, des doutes subsistent néanmoins quant à lexistence dun consensus politique et dune volonté dappliquer des possibilités dingérence aussi étendues dans les affaires intérieures des Etats membres. Cela serait pourtant un ingrédient important pour consolider lapproche défendue dans la NIA, laquelle insiste sur la responsabilité collective comme condition nécessaire à la confrontation avec les défis du développement.
Une comparaison entre le Projet préliminaire de traité établissant lUnion Africaine et lActe constitutif finalement adopté peut fournir quelques indices sur le degré dengagement envers la nouvelle approche esquissée par la NIA.12 Les résultats de cette comparaison sont à la fois révélateurs et dégrisants. Les objectifs définis dans larticle 3 se réfèrent toujours à la promotion de la paix, de la sécurité et de la stabilité sur le continent, mais suppriment lobligation «de mettre fin au fléau des conflits et de leurs conséquences dévastatrices.» Les principes énoncés dans larticle 4 gomment les références explicites au «respect des libertés individuelles et collectives, et la tenue délections libres et équitables», de même quà «la tolérance, la compréhension mutuelle et le respect des droits des personnes appartenant à des groupes minoritaires», ou encore à la «responsabilité et la transparence dans la gouvernance et la lutte contre la corruption».
On pourrait en conclure quil importe plus dexaminer ce qui a été supprimé du projet originel que ce qui a survécu avant dêtre adopté. Le résultat est alors peu encourageant pour ce qui est du degré de réelle volonté politique dassumer une responsabilité collective. Le sentiment demeure que les représentants politiques des Etats membres de lOUA ont déjà des difficultés à sengager du bout des lèvres sur certains dossiers. Cest ainsi que certaines échappatoires, loin dêtre obturées, semblent avoir été maintenues intentionnellement. La suppression, dans la constitution finale de lUA, dune référence explicite à la corruption, contraste sévèrement avec le texte de la NIA, demandant «des mesures efficaces pour combattre la corruption et les détournements de fonds» (paragraphe 54.1). Dans larticle 4(g) lUA confirme dun côté ladhésion au principe de la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats membres. De lautre elle exprime dans larticle 4(h) une réserve qui reconnait «le droit de lUnion dintervenir dans un Etat membre sur décision de la Conférence, dans certaines circonstances graves, à savoir les crimes de guerre, le génocide et les crimes contre lhumanité».
Nous sommes très loin ici de la possibilité daccroître lengagement à la «bonne gouvernance» comme le stipule la NIA, et lon peut difficilement parler dune stratégie de mise en oeuvre appropriée. Il nest donc pas surprenant que le sommet de lOUA ait une fois de plus refusé de traiter concrètement les défis posés actuellement par un régime politique comme celui de la ZANU/PF au Zimbabwe, pour ne citer quun exemple saillant. Vue sous cette angle, la constitution de lUA pourrait fort bien devenir un obstacle à la propagation et à lapplication de la NIA, laquelle attache entre autres une si grande importance au respect de la règle du droit. Au lieu de renforcer la légitimité et la crédibilité du document politique en signalisant la volonté dassumer une plus grande responsabilité, lUA risque douvrir de nouvelles contradictions entre lorgane en cours détablissement et les buts visés dans le schéma de développement offert par la NIA. Limportance de ce projet risque donc dêtre limitée si sa sphère opérationnelle doit être rognée par la démarcation des nouvelles structures de lUA. En dautres termes: les préoccupations suscitées par la portée limitée de lUA nourrissent à leur tour les réserves émises sur la signification de la NIA.
Comme cela a déjà été précisé dans lintroduction, il serait injuste et prématuré de tirer des conclusions définitives à ce stade encore précoce de révision des paradigmes et paramètres de la politique africaine et de la stratégie de développement. Le scepticisme et les marques de soutien se partagent pour linstant les commentaires, les responsables politiques semblant plus disposés à faire jouer le bénéfice du doute.
La secrétaire dEtat parlementaire au Ministère allemand de la Coopération a salué la NIA et vu «une rupture des amarres pour les dirigeants africains dans le fait de proposer que des despotes et des gouvernements non-démocratiques soient isolés au moyen de lOUA et par des programmes comme le MAP». A ses yeux, le «programme du millénaire pourrait devenir un repère pour la politique de lAllemagne envers lAfrique». Mais elle souligne également que «cela dépendra grandement de la réponse apportée en Afrique même à ce programme ambitieux et optimiste» avant de prévenir que «le programme ne doit pas non plus être édulcoré au sens où la responsabilité personnelle pour la bonne gouvernance serait diluée et où les pays verraient dans laide extérieure la principale solution à leurs problèmes.»13
En mettant plus laccent sur la responsabilité collective continentale que sur la responsabilité nationale, lUA semble appuyer lapproche prônée par la NIA. Des doutes subsistent pourtant quant au degré dengagement réel à une époque où des dirigeants africains continuent de recourir à des méthodes fort peu démocratiques pour se maintenir au pouvoir. Cela contraste crûment avec «lexpansion des frontières démocratiques et lapprofondissement de la culture des droits humains» identifiés comme lun de ses fondements par la NIA au paragraphe 64 de son chapitre sur «Un nouveau partenariat global».
Une voix du Sud a bien plutôt souligné dans une chronique hebdomadaire que «le sommet de Lusaka ne proposait rien de nouveau en termes dorganisation, de procédure et dapports. Il ny a eu par exemple aucune contribution de la société civile et le sommet naura servi quà perpétuer limage dun club de dirigeants. Quelle conclusion en tirer si ce nest que lUnion Africaine est simplement la vieille OUA affublée dun nouveau chapeau (du vieux vin dans une bouteille neuve)? Pour être significatif un changement doit être étayé par une mutation philosophique. Et le changement sopère au moyen de programmes concrets. La situation qui en résulte devient alors le reflet de la nouvelle philosophie. Pour lOUA ou lUA (ou ce qui suivra) les discours de changement ne resteront que des discours faute dun changement dans la philosophie qui sous-tend la politique et la gouvernance.»14
La NIA pourrait avoir en partie le potentiel conceptuel pour faciliter lamorce dun tel changement philosophique malgré une foule de préalables et dobjectifs irréalistes, pour ne pas dire naïfs. Mais cest la volonté politique, telle quelle se reflète en priorité dans les rangs de lUA, qui décidera si la NIA deviendra le cadre pertinent des perspectives et de lémancipation de lAfrique. A ce titre lon est en droit de sinterroger sur les raisons qui ont poussé à rayer du préambule du projet de traité de lUA un passage dans lequel les chefs dEtat signataires auraient insisté sur «limpérieux besoin et lurgence de ranimer les aspirations de nos peuples à une plus grande unité, à la solidarité et la cohésion dans une plus large communauté de peuples transcendant les différences culturelles, idéologiques, ethniques, religieuses et nationales». La NIA pourrait fournir une importante contribution à la progression de lAfrique vers un tel objectif, même sil est pratiquement certain quelle échouera à réaliser toutes les tâches ambitieuses quelle définit.
* Entre-temps la NIA a été rebaptisée «Nouveau partenariat pour le développement africain» au sommet dAbuja du 23 octobre 2001.