D+C Développement et Coopération (No. 1, Janvier/Février 2002,
p. 8-13)

LAfrique établit ses propres stratégies
De nouvelles offensives contre la pauvreté et la marginalisation du continent
Ernest Harsch

Les dirigeants africains semploient activement à élaborer un ensemble de nouvelles stratégies de développement à léchelle du continent.
Le fossé entre nations riches et nations pauvres ne cessant de se creuser, leur objectif global est de mettre fin à «la marginalisation de lAfrique et à lexclusion sociale dont souffre sa population à léchelle mondiale», déclare le Président de lAfrique du Sud Thabo Mbeki.
Comme ces présidents africains lont affirmé à plusieurs reprises depuis le début de lannée, leurs plans feront autant que possible appel aux efforts et aux ressources de lAfrique. Cette résolution traduit leur désillusion croissante envers lassistance et les conseils stratégiques des bailleurs de fonds traditionnels de lAfrique, la colère quils éprouvent de voir que le continent na pas accès aux débouchés quoffre la mondialisation et leur prise de conscience du fait que lAfrique a besoin dune solution radicalement différente pour sortir de son cycle de croissance lente et dappauvrissement. Il sagira «dun plan conçu par lAfrique à lintention du peuple africain», fait valoir le Président du Nigéria Olusegun Obasanjo.

Un plan à lintention
du peuple africain
Ces opinions semblent de plus en plus répandues en Afrique, ainsi quen témoignent plusieurs initiatives entreprises indépendamment les unes des autres et presque simultanément. Lune dentre elles, provisoirement connue sous le nom de Partenariat du millénaire pour le Programme de relance de lAfrique, était coordonnée par les Présidents Mbeki, Obasanjo et Abdelaziz Bouteflika (Algérie). Une autre initiative, que le Président Abdoulaye Wade du Sénégal, qui en est à lorigine, a nommée Plan Omega, fait à de nombreux égards double emploi avec le projet de lOUA. Par ailleurs, la Commission économique pour lAfrique de lONU (CEA) a rédigé le Contrat pour la relance de lAfrique, visant à apporter un appui technique et analytique au Partenariat du millénaire.
Les ministres africains des finances, du développement et de la planification se sont réunis à Alger du 8 au 10 mai pour examiner ces divers plans. Exprimant le désir de nombreux gouvernements africains dobtenir une meilleure coordination du processus, le Ministre des finances du Zimbabwe, Simba Makoni, a rappelé que lAfrique ne peut se permettre de disperser ses efforts entre des initiatives différentes. Par ailleurs, les ministres ont exhorté les responsables des Plans du millénaire et du plan Omega à oeuvrer en faveur «dune vision commune de lavenir de lAfrique... et dun seul programme qui refléterait les dimensions nationales, sous-régionales et régionales du continent».
«Nous sommes daccord sur la vision densemble du développement de lAfrique: un continent prospère ne connaissant pas de conflits, qui participe avec succès à léconomie mondiale en toute égalité et dans lequel tous les citoyens peuvent réaliser leur potentiel», ont déclaré les ministres africains.
Toutefois, cette vision est loin de la triste réalité à laquelle lAfrique est actuellement confrontée. Le Président de la Tanzanie, Benjamin Mkapa, a fait observer que, dans les faits, la mondialisation a été synonyme en Afrique «dexclusion plus que dintégration, de privations plus que davantages». Comme lindiquent souvent les analystes africains, lAfrique subsaharienne ne génère que 2 % des exportations mondiales et le continent dans son ensemble ne représente que 1,9 % de lensemble des investissements étrangers directs. Laide fournie par les principaux bailleurs de fonds de lAfrique na cessé de diminuer au cours des cinq dernières années.

Doit-on repenser la mondialisation?
Cest dans cet état desprit que les dirigeants africains se sont rendus au Forum économique mondial de Davos (Suisse), fin janvier. Ce forum, qui se tient tous les ans, réunit de nombreux dirigeants de sociétés et hommes politiques du monde entier, et en particulier des pays industrialisés. Cette rencontre symbolise donc maintenant le mouvement en faveur de la mondialisation.
Dans le discours quil a prononcé lors du Forum, le Secrétaire général de lONU, Kofi Annan, a fait observer que les nombreux manifestants qui se trouvaient à lextérieur des salles de conférence étaient représentatifs dune attitude répandue. «Aujourdhui, pour bien trop de personnes dans le monde, a-t-il dit, la libéralisation fait figure de menace, pour leurs moyens dexistence, les modes de vie et la faculté de leurs gouvernements de les servir et de les protéger.» Selon lui, la plupart des gens ne souhaitent pas faire reculer la mondialisation mais «aspirent à un autre type de mondialisation, meilleur que ce que nous connaissons aujourdhui».
Les organisateurs du Forum ont consacré une table ronde à «la réaction dhostilité qua provoquée la mondialisation», reconnaissant ainsi indirectement les importantes manifestations qui ont été organisées depuis lan dernier contre lOrganisation mondiale du commerce (OMC), le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et dautres institutions du même ordre. Tandis que le Président de la Banque mondiale, James Wolfensohn, et plusieurs dirigeants dentreprises de premier plan ont souligné limportance de dialoguer avec les opposants à la mondialisation, M. Mbeki, plus direct, sest félicité des manifestations dans lesquelles il a vu le reflet dun «nouvel internationalisme» qui prend de lampleur parmi les militants du Nord aussi bien que du Sud.
Le Président Mbeki a mis en garde contre le fait que pour de nombreux habitants des pays en développement, surtout en Afrique, la mondialisation se traduit non pas par de nouvelles possibilités, mais par «des inégalités croissantes au sein des pays... une plus grande polarisation entre pays ... [et] une plus grande vulnérabilité face aux chocs macroéconomiques». Par conséquent, a-t-il dit, nous devons avoir pour objectif de «repenser» la mondialisation en minimisant la polarisation et lexclusion sociale et en améliorant laccès des particuliers aux avantages quelle présente.

Priorités pour le millénaire
Le Président de lAfrique du Sud, avec ses homologues du Nigéria, du Sénégal et de la Tanzanie, a placé un grand nombre de ces considérations générales dans un contexte spécifiquement africain, au cours dune autre table ronde consacrée à lInitiative africaine du millénaire. Ce programme, ont-ils souligné, pourrait permettre de modifier les relations que lAfrique entretient avec le reste du monde, tout en dynamisant son programme de développement.
M. Mbeki et ses confrères ont présenté les principales priorités du Plan du millénaire:
- Létablissement de la paix, de la sécurité et de la stabilité, en partie grâce à de nouveaux efforts dexpansion et de consolidation des régimes démocratiques en Afrique. Comme M. Mbeki la précisé quelques mois plus tard, cela se traduirait par la «fin des coups dEtat et des gouvernements militaires imposés aux peuples de lAfrique, ainsi que des conflits violents, et le rejet des élites qui senrichissent dune manière corrompue aux dépens du peuple». Le Président Mkapa a bien précisé lors du Forum de Davos que seuls les Africains peuvent renforcer les institutions administratives et gouvernementales et quil est impossible dimposer ces changements de lextérieur.
- Des investissements en faveur du peuple africain, grâce à une stratégie globale de mise en valeur des ressources humaines, avec notamment une amélioration des secteurs de la santé, de léducation et de la formation. Ceci contraste avec les rigueurs imposées par les politiques dajustement structurel pendant la plus grande partie des années 80 et 90, qui ont souvent entraîné des réductions des dépenses sociales.
- La promotion de lindustrialisation, grâce aux abondantes ressources agricoles et minérales de lAfrique, pour accroître la diversité économique du continent et renforcer sa position dans léconomie mondiale.
- Laugmentation des investissements dans les technologies de communication et dinformation de pointe afin de combler la «fracture numérique» qui sépare maintenant lAfrique des pays développés. Le Secrétaire général de lONU a noté à Davos que laccès à Internet est plus réduit dans lensemble de la région située au Sud du Sahara que dans le quartier de Manhattan de la ville de New York. La plupart des Africains vivent à au moins deux heures de route du téléphone le plus proche.
- La mise sur pied dune infrastructure physique de base: routes, chemins de fer, centrales électriques, etc. Aujourdhui, lAfrique (à lexception de lAfrique du Sud) ne dispose que de 171 000 kilomètres de routes asphaltées - soit moins que la Pologne.
- La création de mécanismes de financement qui appuieront tous ces efforts. Il faudrait que ces mécanismes financent des projets au niveau national, mais avant tout quils sous-tendent les projets et les programmes entrepris à léchelle régionale et continentale.
Les artisans du Plan du millénaire estiment que le financement devrait venir dans la mesure du possible des pays dAfrique, en faisant moins appel aux sources traditionnelles comme les organismes donateurs. «Nous devons et pouvons éviter les mesures qui renforcent la dépendance de lAfrique vis-à-vis de laide, a déclaré M. Mbeki. Il est nécessaire que les peuples de lAfrique se persuadent quils ne sont pas et ne doivent pas être les pupilles de tuteurs bienveillants, mais les instruments de leur propre progrès soutenu.»

Ressources nationales, aide
extérieure
Pour réduire la dépendance à légard de laide, il faut sefforcer davantage de faire participer le secteur privé en Afrique. «Nous devons prendre toutes les mesures qui simposent pour encourager les investisseurs africains à investir en Afrique, plutôt que de contribuer à la fuite des capitaux en dehors de lAfrique», a déclaré le Président Mbeki à loccasion dun festival consacré à la renaissance africaine qui sest tenu fin mars à Durban.
Il faudra également attirer davantage dinvestissements étrangers. Comme la fait remarquer à Davos le Ministre sud-africain des finances, Trevor Manuel, même son pays - dont léconomie est la plus importante et la plus diversifiée du continent - ne dispose pas dun taux dépargne intérieur suffisant pour financer les investissements nécessaires. Il doit donc aussi faire appel à davantage dinvestissements étrangers.
Il est possible par ailleurs daugmenter les recettes en développant les exportations. Mais comme la vigoureusement expliqué M. Manuel, il faut pour cela ouvrir aux exportations africaines les marchés des économies développées. A lheure actuelle, a-t-il noté, les grandes puissances économiques - lUnion européenne, les Etats-Unis et le Japon - ne suivent pas les mêmes règles que le reste du monde en matière de libre-échange.
Etant donné les perspectives davenir incertaines du commerce africain et linsuffisance des investissements étrangers destinés au continent, laide publique au développement restera un élément important du financement du développement de lAfrique, au même titre que les économies qui pourraient résulter de lallégement de la dette. En ce qui concerne la dette, les ministres africains ont noté lors de leur réunion dAlger que les accords actuellement conclus pour 18 pays africains dans le cadre de lInitiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) de la Banque mondiale et du FMI sont insuffisants et quil faut faire plus si lon veut réduire considérablement le fardeau de la dette du continent.
Certains des artisans de lInitiative du millénaire estiment quil est dans lintérêt des pays industrialisés doffrir une aide plus généreuse. Le Président Mbeki a fait remarquer que lAfrique dispose de considérables «richesses écologiques». Elle a, par exemple, de nombreuses forêts pluviales, une atmosphère quasiment sans gaz carbonique et des sols et des eaux qui nont pas été pollués à lexcès - et ces richesses ajoutent à la qualité de lenvironnement mondial. Investir dans le développement durable de lAfrique permet donc daider les Africains à protéger lenvironnement pour eux-mêmes et le reste du monde.
Quelle que soit les raisons qui poussent les donateurs à offrir leur assistance, les dirigeants africains voient dun oeil de plus en plus critique les pratiques établies des principaux pays et organismes donateurs, quils considèrent paternalistes, autoritaires et assorties de conditions si nombreuses quelles réduisent la marge de manoeuvre des Africains.
Les dirigeants africains maintiennent que la relation que le continent entretient avec les institutions externes devrait être plus équitable et se faire sur la base dun véritable «partenariat». Il faut pour cela procéder à la réforme des institutions internationales. Le Président Mbeki a instamment demandé que lOMC «accorde plus dimportance aux préoccupations des pays du Sud». Son Ministre des finances, M. Manuel, a proposé que la Banque mondiale et le FMI cessent daccorder des droits de vote plus importants aux grandes puissances économiques et adoptent le système «une nation, un vote» de lAssemblée générale des Nations Unies.

Le plan Omega
A Davos, le Président Wade du Sénégal sest félicité de lInitiative du millénaire. Il a toutefois profité de loccasion pour présenter son plan Omega. Ce plan part du principe selon lequel la croissance économique et le développement de lAfrique ne seront solides et durables que si les pays investissent davantage dans quatre domaines prioritaires, à savoir: linfrastructure, léducation et la formation, la santé et lagriculture.
Depuis que M. Wade a remporté la victoire aux élections de mars 2000, il a mis laccent sur les compétences et la formation, ce qui a déjà suscité au Sénégal de nouveaux efforts damélioration de lenseignement supérieur, malgré le désaccord de la Banque mondiale à ce sujet (voir encadré, «Le Sénégal se risque à agrandir ses universités»). Selon lui, cette priorité est essentielle si lon veut que lAfrique puisse améliorer sa productivité et faire face à la forte concurrence quimpose une économie de plus en plus mondialisée. «Si nous pouvons aller dans le sens dune plus grande égalité en ce qui concerne lenseignement et linfrastructure, a-t-il dit à Davos, lAfrique pourra jouer un rôle dans le commerce mondial.»
M. Wade a ajouté que lamélioration des réseaux de transport entre pays africains est également essentielle si lon veut encourager le commerce et lintégration régionale. Les liaisons actuelles, établies à lépoque coloniale, vont généralement de lintérieur vers les villes portuaires qui longent la côte, mais relient bien moins souvent les uns aux autres les pays voisins. Il est impossible daller directement en voiture de Dakar à Rabat, la capitale du Maroc, a-t-il noté.
M. Wade a qualifié le Plan Omega de plan dinspiration «keynésienne», laissant ainsi entendre que le gouvernement doit jouer un rôle central dans la promotion des investissements dans ces secteurs clés. Toutefois, il a également souligné limportance des investissements privés nationaux et étrangers pour le financement des projets dinfrastructure et il est ouvertement favorable aux privatisations. Lorsquil a évoqué la privatisation au Forum économique mondial, il a provoqué un débat, au cours duquel M. Jackson Shamenda, Président du Zambia Congress of Trade Unions (Fédération des syndicats de la Zambie) a soutenu que les dirigeants africains ne devraient pas renoncer à leurs responsabilités face à la société en ayant recours à la privatisation.

Laide extérieure
au développement
Le plan Omega et le Plan du millénaire diffèrent en apparence dans la mesure où ils naccordent pas la même importance aux sources traditionnelles de financement. M. Wade est apparemment encore plus opposé à laide extérieure au développement que les autres présidents. Quand il parle de lancienne dépendance de lAfrique vis-à-vis de laide et des prêts, il la qualifie «déchec complet», qui na entraîné que peu davantages durables mais a aggravé le problème de la dette du continent. Le Président sénégalais a ajouté lors de sa visite au Maroc, à la fin mai, que le processus actuel daide présente un autre problème du fait du manque de coordination. «Si nous continuons à construire un petit aéroport par-ci et un tronçon de route par-là, il faudra 50 ou 100 ans pour combler le retard qui existe en matière dinfrastructure.»
Lun des conseillers économiques de M. Wade, M. Gnounka Touré Diouf, a évoqué une autre préoccupation: laide est souvent assortie de conditions excessives et les bailleurs de fonds ont une influence démesurée sur les politiques nationales. Ce nest pas la première fois que lAfrique a des plans de développement, a-t-il observé en mai à Dakar lors dune réunion dinformation sur le plan Omega, «mais toutes les autres fois, les donateurs se sont ingérés dans ces plans. Cette fois-ci, nous disposons dun plan qui a été conçu et mis au point par les experts africains eux-mêmes».
Lors dune réunion déconomistes à Dakar en février, M. Wade a vivement dénoncé laction du FMI et de la Banque mondiale. Il a souligné que ces institutions nont pas été créées dans lintérêt de lAfrique et que leurs interventions constantes ont entraîné un accroissement de lendettement du continent. Par ailleurs, leur orientation change constamment, a-t-il déclaré. «Ils ne nous consultent pas pour comprendre quel genre dorientation il conviendrait de suivre.»
Afin que la communauté mondiale puisse mieux soutenir lAfrique, le Président Wade propose la création dun nouveau fonds international, géré par les Nations Unies, qui offrira des prêts concessionnels à très long terme (échéance de 50 ans) pour des projets privilégiant les quatre domaines prioritaires du Plan Omega.

Porto Alegre
Les organisations non gouvernementales (ONG) africaines et les associations de la société civile ont également critiqué les institutions financières internationales et les institutions commerciales, mais en des termes encore plus cinglants. Pendant la réunion de Davos, quelque 15 000 participants originaires de 120 pays du monde, y compris de lAfrique, se sont réunis au Forum social mondial de Porto Alegre (Brésil). Reconnaissant limportance de cette réunion, certains des participants de Davos - y compris le financier international George Soros et lAdministrateur du Programme des Nations Unies pour le développement, Mark Malloch Brown - ont participé à un débat transmis en direct par satellite avec des animateurs du Forum de Porto Alegre.
Les participants au Forum de Porto Alegre ont été nombreux à signaler leur désaccord face à une approche rigoureusement économique ou «néolibérale» de la mondialisation et ont demandé plutôt une «autre mondialisation», qui accorderait une plus grande priorité aux droits des individus et à leur bien-être social. «On sen prend aux valeurs du néolibéralisme parce quelles font passer lindividualisme du marché avant les valeurs sociales et le bien public», a noté le député sud-africain Ben Turok.
Les groupes disparates qui se sont réunis à Porto Alegre nont pas publié de communiqué final, bien quils aient décidé dun commun accord de se réunir à nouveau lan prochain et quils aient encouragé les militants à continuer de manifester lors des principales réunions de lOMC, de la Banque mondiale, du FMI et dautres institutions du même ordre.

Annuler la dette de lAfrique
Certaines organisations ou groupes dassociations ont profité du Forum pour faire part des problèmes qui les concernent directement. M. Ousseynou Sané, cultivateur sénégalais faisant partie dun réseau international qui a pour nom Agriculture paysanne et mondialisation, a déploré la baisse sur le marché mondial des cours des produits agricoles alors que les prix des engrais et des autres entrants continuent à augmenter. De nombreuses ONG africaines présentes à Porto Alegre ont publié une déclaration réclamant lannulation de la dette de lAfrique et le rétablissement de la «souveraineté» des pays dAfrique. Jubilé Sud, qui fait partie de la coalition internationale contre la dette de Jubilé 2000, a appelé les ONG et les chercheurs à convoquer dans leurs pays «des tribunaux populaires chargés dexaminer la question de la dette» afin de juger si les prêts contractés par leurs gouvernements étaient justifiés.
Un mois plus tard à Bamako (Mali), il a été à nouveau question de la dette de lAfrique. Lorsque M. Wolfensohn, Président de la Banque mondiale, est arrivé avec le Directeur général du FMI, Horst Köhler, il a été accueilli par une manifestation organisée par le groupe malien affilié au mouvement du Jubilé. «A notre avis, le FMI et la Banque mondiale sont à lorigine de lappauvrissement de notre pays», a déclaré Mme Aminata Touré Barry, lune des organisatrices de la manifestation.
La visite commune organisée au Mali par les dirigeants de ces deux institutions financières était sans précédent, et selon M. Köhler, elle représentait une «nouvelle démarche» reposant sur un dialogue plus étroit avec les dirigeants africains. Après sêtre entretenus à Bamako avec une douzaine de présidents, ouest-africains pour la plupart, les deux hommes sont ensuite allés à Dar es-Salaam (Tanzanie), où ils ont rencontré douze autre chefs dEtat dAfrique orientale et australe.
Les réunions se sont tenues en privé et aucun résultat concret na été annoncé. Toutefois, M. Köhler a indiqué que le FMI et la Banque mondiale seraient plus disposés à financer les projets ayant une dimension régionale et sous-régionale que les projets ayant une dimension simplement nationale, conformément à lapproche recommandée aussi bien par lInitiative du millénaire que par le plan Omega.
De fait, lors de leur séjour à Bamako, les dirigeants du FMI et de la Banque mondiale ont eu droit à une présentation du Programme du millénaire, effectuée par les Présidents Mbeki, Obasanjo et Bouteflika, auxquels sétait joint le Président du Mali, Alpha Oumar Konaré. Quelques jours plus tard, M. Köhler sest félicité publiquement du programme, quil a qualifié de «conception distinctement africaine», sous la conduite de «nouveaux dirigeants oeuvrant en commun en Afrique».
Lors de la réunion de mai des ministres africains à Alger, les représentants des donateurs ont accueilli tout aussi favorablement le programme. M. Jean-Claude Fauré, Président du Comité daide au développement de lOrganisation de coopération et de développement économiques des pays industrialisés, sest réjoui de la campagne menée par lAfrique afin de «prendre en main» son propre développement et il a promis que lorganisation y apporterait son appui.
Linitiative africaine, a déclaré le Secrétaire exécutif de la CEA, K.Y. Amoako à Alger, «imprime un élan politique nécessaire, car seuls les principaux dirigeants politiques de lAfrique pourront mettre en place les changements nécessaires en matière de gouvernance pour donner à notre développement une base durabl. Cette initiative nous donne une forte visibilité face à nos partenaires et je pense quelle renforcera nos chances dobtenir les changements que nous recherchons en matière de partenariat de développement.»
Lors dune rencontre organisée à Amsterdam par la Commission Economique des Nations unies pour lAfrique (CEA), des participants de haut niveau, venus de pays en développement et de pays industriels, ont estimé à lunisson que la «Nouvelle Initiative Africaine», élaborée par les chefs dEtat de lAfrique du sud, du Nigéria, du Sénégal, de lAlgérie et de lEgypte, devait être prise au sérieux non seulement en Afrique mais aussi dans les pays industriels. Pour la secrétaire dEtat parlementaire Uschi Eid, qui a participé à cette rencontre après avoir été nommée déléguée personnelle du chancelier Schröder pour lAfrique au sein du G8, la «Nouvelle Initiative Africaine» doit devenir une nouvelle base de coopération entre les pays industriels et lAfrique.
La rencontre dAmsterdam a réuni des ministres africains des finances et du développement, ainsi que des représentants de pays industriels et dorganismes financiers internationaux. Elle a eu lieu à linvitation du secrétaire exécutif de la CEA, K.Y. Amoako, et de la Ministre néerlandaise de la Coopération, Eveline Herfkens.
Uschi Eid a qualifié la «Nouvelle Initiative Africaine» de réponse africaine à la propagation de lafro-pessimisme. Il sagit, a-t-elle souligné, dun programme africain qui entend venir à bout de la marginalisation et de la pauvreté et garantir à moyen et à long terme un développement économique et politique. La base en est fournie par une solide profession de foi en faveur de la responsabilité propre de lAfrique, la démocratie, la bonne gouvernance et les droits de lhomme. Uschi Eid a également insisté à Amsterdam sur les tâches politiques qui incombent aux pays industriels à titre de contribution à la «Nouvelle Initiative Africaine». En font partie: lamélioration de laccès des produits africains aux marchés des pays de lOCDE, le renforcement des investissements privés, la nécessité dun retour à lobjectif des 0,7 % dans la coopération au développement, laccélération du désendettement assortie dautres contributions à la lutte contre la pauvreté, le renforcement de lengagement des institutions financières multilatérales et leur orientation en fonction des besoins africains. La «Nouvelle Initiative Africaine», a encore souligné la secrétaire dEtat, exhorte clairement les pays industriels à laisser aux gouvernements africains dotés dune légitimation démocratique et mus dans leur action par le sens des responsabilités, de même quaux sociétés civiles africaines, le rôle dirigeant dans lorganisation du développement de leur pays avec lappui des donateurs.
En juillet 2001 à leur sommet de Gênes les chefs dEtat et de gouvernement du G8 ont salué la «Nouvelle Initiative Africaine» et décidé dappuyer les efforts décrits dans cette initiative en vue de faire régler les problèmes africains par les Africains eux-mêmes. A cet effet les chefs dEtat et de gouvernement ont nommé des délégués personnels chargés délaborer un plan daction dici au prochain sommet du G8 en juin 2002.
Source: Afrique Relance, New York/ONU

D+C Dévelopment et Coopération,
edité par: Deutsche Stiftung für internationale Entwicklung (DSE)
Rédaction:
D+C Dévelopment et Coopération, B.P., D-60268 Frankfurt, Allemagne. E-Mail: remeyer@t-online.de
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