D+C Développement et Coopération (No. 1, Janvier/Février 2002, p. 4-5)LAlgérie, la terreur et le cri des muets
Nacéra Rech Pris entre lécroulement du socialisme, le diktat du FMI et la terreur sans nom, lAlgérie se débat depuis dix ans contre des problèmes nés par linfluence de la politique extérieure et lincompétence de la classe politicienne, qui na pas su faire face aux différentes crises socio-politiques. Les crises ignorées au profit de la lutte antiterroriste, nourrissent les rangs terroristes et déstabilisent le pays. Il a fallu cet attentat hideux de New York pour réveiller le monde occidental blessé dans sa dignité. Il veut à présent avoir la tête dune hydre nourrie et bercée sur ses terres. Cette hydre, qui depuis dix ans tue lAlgérie. Deux tours symboles de puissance et de liberté sécroulent à Manhattan. Elles enterrent lidée de grandeur et dinvulnérabilité. Cet attentat ignoble et inédit dans sa forme et sa force de frappe, réveille lAmérique et lOccident jusque là insensibles, voire même sourds au danger de lislamisme international. Je mincline, angoissée, devant la mémoire des victimes de New York, mais ne comprends pas cet endeuillement sélectif, je ne comprends pas ce réveil en sursaut des consciences occidentales. Ces mêmes terroristes tuent depuis dix ans lAlgérie, sans pour autant alerter le monde. La douleur pour New York savère être aussi grande que létonnement et la psychose. La perte matérielle entraîne et active une récession internationale. Hélas, la peur de lIslamisme terroriste remet lIslam et tous les musulmans en question. La terminologie du mot choisi pour définir ce phénomène sanguinaire est prise de la racine «Islam», cette définition diffuse une promiscuité politiquement et socialement dangereuse.
Deux poids et deux mesures LAlgérie, un pays fouetté, piétiné, brisé et ébranlé par lhorreur et la terreur islamiste, a rarement éveillé la compassion ou un minimum de commisération internationale. Bien au contraire, les commanditaires des crimes sont qualifiés doppositionnels, et se font courtiser par les bosses du capitalisme. Lintérêt économique passe, hélas bien avant les droits de lhomme. Cette impavidité inconsciente envers le peuple algérien est automatique, puisquelle repose sur des préjugés et sur le manque dintérêt porté à lIslam. Il est, pour beaucoup, la religion du glaive et du sang. Pour certains occidentaux lIslam a hérité de tous les clichés des croisés et les musulmans sont généralement assimilés aux Sarrasins et aux Ottomans. Pour dautres, les problèmes de lAlgérie ne doivent intéresser que la France. Deux poids et deux mesures pour parler et parer au même corps de délit. Au lieu daider lAlgérie à se défaire de ce fléau, cest lisolation internationale quon lui incombe. LOccident des années 90 était prêt à sacrifier lAlgérie, puisquil attendait fermement la cristallisation de létat islamique. Dans un même souffle et avec un dédoublement de morale perfide et absolu il sinvestissait à critiquer, condamner et juger le gouvernement algérien pour le non respect des droits de lindividu. Aujourdhui, cest la même sorte dindividus, qui se fait pourchasser par lOccident. Cest pour cette sorte dindividus que des bombes tombent sur lAfghanistan. Bien avant lattentat de New York, le peuple algérien à bout de souffle, criait son impuissance devant cette machine meurtrière. Il voulait attirer lattention de lopinion internationale, sommer la formation dune coopération de lutte contre le terrorisme extrémiste. Cest un peu comme le cri du muet, il ne sentend pas. LAlgérie ne peut pas prétendre laide extérieure; elle a rompu le processus de vote, son armée a violé les principes démocratiques, elle a fermé la porte aux «talibanisme». Les communes islamisées, gouvernées par le FIS (de 89 à 92) avait droit à un avant goût sur le mode de vie prévu par les partis islamistes. Linterdiction de toute cultures (théâtre, cinéma) et de toute source médiatique (journaux, radio, TV). La mise aux arrêts de lAlgérienne était le cheval de bataille de cette mouvance agissant sous la parole dAllah. La femme devait rester à la maison, pas dinstruction, pas de travail, pas de sorties. A quelques pas de lEurope, on étouffait tout un peuple, mais nul ne parlait de droit de lhomme. Ce que lon reproche au gouvernement algérien ne peut pas être payé par tout un peuple. Le boycotte des médias occidentaux, surtout français, avait parfois frisé linsulte et frôlé lindécence. Ces même médias (français) exhibent orgueilleusement les figures de proue de la Grande Nation, les bons petits Français Zidane, Bouras, Adjani...mais les terroristes nés et agissant en France sont des «Franco-Algériens».
Le silence politique et des mosquées LAlgérie na certes jamais été un Etat de droit, mais en 1992 il fallait choisir entre une vie régressive et oppressive sous légide dun calife radical ou risquer un glissement de terrain. Le glissement de terrain na pas eu lieu, cest un tremblement de terre qui a secoué et secoue encore ce pays. LAlgérie déplore env. 200.000 morts, 850 écoles brûlées et plus de 20 milliards $ de dégâts matériels. Pour lamalgame fait entre Islam et islamisme lAlgérie a payé plus que quiconque. La responsabilité nincombe pas au petit peuple, qui a flanché sous le poids du diktat des réformes du FMI et les promesses daide sociale faite par les partis islamistes. Si lOccident continue à mélanger Islam et islamisme, si lhostilité envers lIslam persiste, cest quun dialogue Arabe - Occident na jamais eu lieu. Lisolation de lAlgérie fut profitable à lislamisme terroriste, car contrairement aux forces démocratiques, les moyens de communications assurant le fonctionnement de la propagande fondamentaliste fonctionnaient parfaitement. Certains dirigeants du FIS (cellule mère de toutes les ramifications) se pavanaient à Londres, Bruxelles, Paris, Bonn et Washington et avaient droit aux micros et à lintérêt des médias. Mais honnêteté exige. Avec la fermeture forcée de ses portes, lAlgérie senfermait elle-même. Cette forme détanchéité politique multipliait les spéculations et les fantaisies journalistiques. Les filles enlevées et violées, des êtres mutilés, des bébés grillés au four... Qui tue qui? Une question perpétuelle à laquelle saccrochaient les médias et les ONG, La presse gouvernementale et lunique chaîne de télévision (organe étatique), étaient réduits au silence. Le gouvernement et son année brillaient par leur incompétence, leur silence et leur absence, ils manoeuvraient le pays et le peuple vers lisolation absolue. Les Algériens étaient pris entre la terreur, la mort et lindifférence internationale. Les dogmatiques du monde islamo-arabe, navaient en aucun moment songé à dénoncer lutilisation diabolique, voire le détournement et la falsification des lois fondamentales de lIslam. Les fatwas lancées à tort et à travers, les femmes kidnappées... Comment pouvaient-ils se taire devant cet affront à lIslam? Cest bien au nom de cet Islam quon assassinait et violait lAlgérie? Le deux poids et deux mesures nétait pas propre à lEurope, puisque des pays frères semblaient accepter ce génocide politique et religieux. Il est évident que certains gardaient le silence pour ne pas réveiller, voire provoquer leurs propres forces islamistes.
Mains tendues et bras ouverts ou concorde civile et nationale Fatigué par le jeu de cache-cache avec la mort, avide de bénignité et de tranquillité, le peuple algérien a accepté les changements et solutions politico-militaires proposés par le nouveau président, Bouteflika. Dans le cadre de la «concorde civile» votée par référendum, les membres de FAIS (cessez-le-feu auto infligé en 97) étaient invités à remettre leurs armes en échange dune damnistie plus ou moins partielle (selon le degré dimplication/pas de sang collé au mains). Les éléments repentis devaient être amnistiés, car selon leurs dires, ils navaient jamais pris part aux meurtres collectifs et aux carnages. Beaucoup dentre eux ont repris les armes et le chemin du maquis pour le non-respect de leurs doléances. La main tendue de Bouteflika navait nullement arrêté les tueries, bien au contraire. Son manque de transparence et ses concessions aux repentis avait déclenché des animosités assez sérieuses. La majorité des familles victimes du terrorisme se sentaient trahis par Bouteflika et sa politique, la porte aux règlements de comptes étaient ouverte. Si le peuple était pris entre la spirale des bombes et des tueries, des crises et de la pauvreté, Bouteflika était pris entre le désir ardent de briller et de plaire à la politique internationale et le besoin de prouver sa prophétie au peuple. Bouteflika, ministre des affaires étrangères de lAlgérie des années 70, voulait renouer avec limage dun pays progressif et avant-gardiste. Par ses nombreux voyages il essaie de faire reluire le blason algérien et encourager linvestisseur occidental. Lun des moyens de contrer la violence fondamentaliste consiste certes, à favoriser le développement économique mais aussi et surtout à redonner la dignité au peuple avare de ses valeurs. Dans le discours de Johannes Rau, lors de la visite de son homologue dAlger, le président allemand disait: «Labus des religions à des fins politiques, pour sarroger le pouvoir, ne peut être seulement combattu par les moyens militaires». Rau, met en évidence les droits de lhomme.
Deuxième étape politique LAlgérie semble être prise au piège. La vision politique de Bouteflika est restée stérile. Aucun dossier relatif aux crises sociales et politiques secouant le pays na été fermé, le chômage et la morosité politique sont de plus en plus palpables et visibles. Le président algérien a besoin de succès pour persuader son peuple et justifier sa politique. A cet effet il lance à haute voix la deuxième étape politique. Après la politique des mains tendues cest au tour de la politique des bras ouverts, la concorde nationale. Il est persuadé que lamnistie générale allécherait les groupes terroristes les plus cruels. Son désir ardent de régler les problèmes algériens entre Algériens, est cet appel imminent lancé de la ville de Djidjel. Il dit: «Ce qui vient de se passer aux USA aura des répercutions énormes sur les petits pays comme lAlgérie. Je lance cet appel à tous les Algériens. Il faut que lon passe de la concorde civile à la concorde nationale». Inconsciemment Bouteflika tend la main et ouvre les bras à linternationale islamiste. Le refus strict et absolu des islamistes algériens daccepter loffre du gouvernement nest probablement liée quà la simple réalité que ces messieurs noccupent que des postes auxiliaires de léchiquier terroriste international. Ils ne sont que des pions chargés de déstabiliser ce pays stratégique, voire en faire une base islamiste afin de mieux fragiliser lEurope voisine. Bouteflika brûle les étapes, il se veut visionnaire, il refuse de perdre la face et de reculer devant lévidence que les terroristes algériens sont une partie des pions du terrorisme international. Sa politique de bras ouverts est subitement vouée à léchec, le bouleversement du monde ne peut plus lui permettre daboutir. Le réveil salutaire des USA et de lEurope, ranime lofficielle gouvernementale (coalition et opposition) dAlgérie. Bouteflika bouleverse sa propre politique et saligne sagement dans les rangs des «amis» des USA. Dix ans de lutte terroriste ont fait de lAlgérie un expert à ne pas dédaigner. LOccident devrait non seulement profiter des connaissances algériennes, mais aussi éviter de marginaliser les pays musulmans prêts à soutenir cette alliance antiterroriste.
Islam et islamisme Les USA et lEurope ont assuré la vie de ce monstre meurtrier. Ce réveil tardif et bruyant est à lorigine de cet affolement devant les mots Islam (religion) et islamisme (politique). LAlgérien a payé fort pour apprendre à distinguer cet amalgame. Si lIslam exprime la foi et la croyance en Dieu, lislamisme est utilisé pour imposer une dictature fasciste, soutenue par une armée violente et répressive. La constellation politique actuelle est assez précaire et relativement fragile. Le bombardement de lAfghanistan nourrie la propagande islamiste, blesse la dignité des masses musulmanes et donne des remords aux pays musulmans, partenaires de loffensive américaine. Il est certes très difficile, après des années de sommeil, de différencier entre Islam et islamisme, mais une analyse diamétralement élaborée est plus quimpérative. Lunion religieuse et culturelle du monde est sérieusement en danger. LOccident a souvent était pataud dans sa logique envers les pays musulmans. Et cest cette ambiguïté occidentale quutilisent les partis politiques à tendance dite modérée. Pour sauver leur fonds de commerce, et gonfler leur contingent politique, pour sassurer une force parlementaire et le droit à la décision de lexécutif/législatif, ils sattaquent au talon dAchille de lâme musulmane. «LAmérique et lEurope refusent tout ce qui est islamique...» Cette polarisation anime les valeurs identitaires et attire les musulmans assoiffés de justice sociale et dégalité humaine. Actuellement les groupes islamistes, modérés ou pas, se font dépositaires de la parole divine, ils sapproprient de la religion pour «fabriquer» une idéologie, loin des données islamiques. Porte-parole illicites, ils utilisent la religion pour sacraliser une haine perfidement animée. Ce nest pas en cassant une assiette, quon attrape une mouche. La méthode américaine nest pas sans discussions, elle met les pays comme lAlgérie, lEgypte et le Pakistan sous pression islamiste et toute forme de diaspora en danger. Nacéra Rech, journaliste, Herzogenaurach/Allemagne D+C Dévelopment et Coopération, edité par: Deutsche Stiftung für internationale Entwicklung (DSE) Rédaction: D+C Dévelopment et Coopération, B.P., D-60268 Frankfurt, Allemagne. E-Mail: remeyer@t-online.de
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